Namibie et Botswana 2026, ma leçon de vie #Chapitre 1
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Prologue – Retrouver l’Afrique
« Il existe des endroits sur Terre qui ne ressemblent à aucun autre.
Des terres qui vous marquent une première fois… puis vous rappellent à elles avec une force presque inexplicable. »
La Namibie fait partie de ceux-là.
Quand l’avion a commencé sa descente vers Windhoek ce vendredi 24 avril 2026, j’ai senti cette émotion si particulière revenir me serrer le cœur.
Les immensités ocre, les lignes infinies du désert, la lumière dorée… tout était là, intact, comme si le pays nous attendait depuis notre départ.
Et au milieu de cette arrivée, il y avait aussi une joie sincère : retrouver Lionel.
Lionel n’est pas seulement l’organisateur de nos voyages.
Il en est l’un des piliers invisibles.
Celui grâce à qui tout devient simple, fluide, rassurant.
Dans des pays aussi vastes, aussi sauvages parfois, il faut pouvoir faire confiance entièrement à quelqu’un.
Etdepuis notre premier voyage, Lionel a toujours été cette présence fiable, attentive et profondément professionnelle.
Chaque détail est pensé, chaque étape préparée avec sérieux et passion.
Grâce à lui, nous pouvons nous abandonner complètement au voyage.
Après avoir récupéré notre voiture de location et rejoint notre guesthouse pour nous rafraîchir un peu, Lionel nous avait donné rendez-vous pour le dîner. Une manière élégante et chaleureuse de commencer cette nouvelle aventure.
Il nous emmena dans l’un des plus beaux restaurants de Windhoek.
Un lieu magnifique, à l’atmosphère feutrée, où tout semblait raconter l’Afrique avec raffinement : les lumières tamisées, le bois sombre, les tissus chaleureux, les odeurs d’épices et de grillades flottant dans l’air du soir.
Un de ces endroits qui participent à l’âme d’une ville.


Nous avons parlé longtemps.
Du voyage à venir.
Des pistes.
Des animaux.
Des camps.
De cette Afrique que nous aimons tant.
Et tandis que la soirée avançait doucement, je sentais déjà renaître ce bonheur particulier que seuls les grands départs procurent.
Ce mélange d’impatience, d’excitation et d’abandon.
Dehors, la nuit namibienne enveloppait doucement Windhoek.
Et moi, je savais déjà une chose :
J’étais exactement là où je devais être.
Jour 2- samedi 25 avril – Le retour, enfin
Quitter Windhoek ce matin-là avait une saveur particulière. Comme un retour à quelque chose de profondément ancré en moi.
La nuit passée au Fig Tree Guesthouse avait été douce, presque suspendue, comme une transition délicate entre deux mondes.
Et puis, il y a eu ce moment.
Celui où l’Afrique m’a de nouveau enveloppée.
L’air, la lumière, la chaleur… tout m’est revenu d’un coup, avec une évidence troublante. Je me suis replongée dans cet univers avec un bonheur presque palpable.
Cette fois, cap à l’est, vers le Botswana.
530 kilomètres. Six heures de route. Une longue ligne droite qui semble ne jamais finir.
La route s’étire à perte de vue, droite, silencieuse, hypnotique.
Mes premiers compagnons de voyage apparaissent timidement : trois petits phacochères, absorbés par l’herbe encore humide.
Une scène simple, fragile, déjà émouvante.
Puis, un peu plus loin… elle.
Une tortue. Magnifique. Lente. Déterminée.
Sur le bord de la route, engagée dans une traversée dangereuse.
Impossible de continuer.
On fait demi-tour.
Un geste instinctif. Presque nécessaire.
Lui offrir quelques minutes de vie en plus, peut-être.
L’aider à défier, à son rythme, la brutalité du monde.
Je ne sais pas si cela changera son destin… mais cela comptait.
Quelques kilomètres plus loin, l’atmosphère change brutalement.
Un vol de marabouts tournoie dans le ciel. L’odeur est là, lourde, presque irréelle.
Au loin, un regroupement silencieux… la mort n’est jamais loin ici.
Nous ne verrons pas l’animal, mais sa présence est partout.
La route continue.
Encore des heures.
Encore du temps.
Et soudain, comme un cadeau : une nouvelle famille de phacochères.
Une maman, suivie de cinq ou six petits.
Trop rapide.
Trop furtif.
Pas le temps de s’arrêter.
Juste le temps de ressentir.
À 14h28, le poste frontière apparaît.
Un moment suspendu. Une petite appréhension.
Et puis…15h05.
Le passage est fait.
Me voilà au Botswana.
Une nouvelle aventure commence.
Les premiers kilomètres sont presque déconcertants.
Rien de radicalement différent… et pourtant tout change subtilement.
Les routes ne sont plus clôturées.
La vie circule librement.
Vaches, chèvres, chevaux… chacun trouve sa place au bord de l’asphalte.
Les acacias ponctuent le paysage, modestes, discrets.
Et la route… capricieuse, creusée de trous, exige une vigilance constante.
Puis vient Ghanzi.
Et avec elle, un spectacle que seule l’Afrique sait offrir.

Le ciel s’embrase.
Rouge.
Orange.
Rose.
Le soleil, immense, descend lentement comme un adieu majestueux.
Les nuages deviennent des tableaux vivants.
C’est irréel. C’est bouleversant.
Je n’avais rien oublié.
La Symponia Guesthouse nous accueille ensuite comme un refuge inattendu.
Un cadre splendide, une chambre presque trop belle pour n’être qu’une étape.
Dernière parenthèse de confort avant l’aventure plus brute qui nous attend.
La douche est un soulagement.
Le dîner, une surprise délicieuse.
Des pizzas. Mais pas n’importe lesquelles.
Cuites dans un vrai four, faites maison, simples et parfaites.
Nous choisissons la Mabuasehube — viande, crème, fromage, champignons, oignons — accompagnée de bières fraîches.
Le personnel est doux, attentionné.
La soirée s’installe, calme, apaisante.
Et je réalise, doucement…
Je suis revenue.
Jour 3 – dimanche 26 avril 2026 — Entre deux mondes
Le Botswana s’est réveillé avant nous.
Quand j’ouvre les yeux ce matin-là, une lumière pâle glisse déjà entre les rideaux de notre petite villa.
Les oiseaux chantent avec cette énergie légère des pays chauds, une musique vive et délicate qui semble sortir directement des arbres.
Pendant quelques secondes, je reste immobile, simplement à écouter.
Et je souris.
Parce qu’il y a quelque chose ici qui apaise immédiatement mon cœur.
La Symponia Guesthouse dort encore à moitié dans la fraîcheur du matin.
Les petites villas dispersées dans le jardin ont un charme fou.
Rien d’ostentatoire. Juste cette élégance africaine simple, chaleureuse, authentique, qui donne l’impression d’être loin du monde.
Le petit-déjeuner est servi à 7h30.
Le café fume doucement dans les tasses.
L’air est encore frais.
Mais déjà, la chaleur promet une belle journée.
Dans une demi-heure, nous reprendrons la route.
Trois heures pour rejoindre Maun, dernière grande étape avant l’entrée dans la mythique Réserve de Moremi.
Et même si je me sens profondément bien ici… quelque chose en moi attend encore.
Comme si mon voyage n’avait pas totalement commencé.
La route défile dans un silence presque méditatif.
Les hautes herbes blondes ondulent sous le vent comme une mer pâle et mouvante.
Par moments, elles ressemblent presque à de la neige dorée.
Je pourrais rester des heures à regarder ce paysage hypnotique.
Le Botswana a cette façon étrange de ralentir le temps.
Sous les acacias, les vaches commencent leur journée dans une tranquillité absolue.
Plus loin, nous croisons des charrettes tirées par deux petits ânes. À bord, des familles entières avancent lentement dans la poussière claire du matin.
Vont-ils à l’église ?
À un marché ?
Chez des proches ?
Nous ne le saurons jamais.
Et c’est peut-être cela aussi, le voyage : accepter de ne pas tout comprendre.
À la radio, une chanson s’élève doucement.
*Les Paradis Perdus*.
La voix de Christophe revisitée par Christine and the Queens accompagne parfaitement cet instant suspendu.
Je regarde la route défiler devant nous.
Pas un nuage.
Pas une ombre.
Seulement cette sensation étrange d’être loin de tout ce qui pèse.
Et puis il y a les ânes.
Partout.
Le long des routes, au bord des pistes, parfois même en plein milieu du chemin, comme s’ils nous attendaient depuis toujours.
Ils ne semblent avoir peur de rien.
Une maman et son petit restent là, parfaitement immobiles tandis que nous nous arrêtons tout près pour les filmer.
Le petit nous regarde avec une curiosité tranquille.
Ici, les animaux n’ont pas encore appris la méfiance du monde moderne.
Mais le Botswana réserve aussi ses rappels très terrestres.
Nous pensions naïvement que la police locale serait plus souple.
Erreur.
Un radar.
Thierry s’est fait piéger.
Pas de sermon, pas d’avertissement paternaliste. Non.
Une vraie amende, bien officielle, réglée directement par carte bancaire sur un petit terminal sorti presque solennellement par l’agent.
700 pulas botswanais.
Environ 45 euros.
La leçon servira sûrement…ou pas.

Nous éclatons de rire quelques kilomètres plus loin.
Le voyage, c’est aussi cela : les petites péripéties absurdes qui deviennent ensuite des souvenirs précieux.
À 13 heures, nous arrivons enfin à Maun.
La maison d’hôtes semble posée au milieu de nulle part.
De la poussière, quelques arbres, un calme presque total.
Ce genre d’endroit qui paraît insignifiant au premier regard mais dont on se souvient longtemps après.
La fatigue commence à se faire sentir.
Nous repartons rapidement déjeuner.
Le repas sera simple : un KFC local.
Rien d’exceptionnel.
Mais il y a quelque chose d’amusant à retrouver cette enseigne mondiale au milieu du Botswana.
Puis vient un autre de mes petits plaisirs : flâner chez PEP.
Une sorte de foire-fouille locale pleine d’objets improbables, de vêtements colorés, de babioles sans importance… et donc absolument essentielles.
J’adore chiner dans ces endroits-là.
Observer les gens, les habitudes, les détails minuscules du quotidien.
C’est souvent là que l’on touche le plus sincèrement un pays.
L’après-midi s’étire doucement dans la chaleur.
Un peu de repos dans notre chambre.
Le ventilateur tourne lentement.
Dehors, la lumière devient plus douce.
Et puis le moment arrive.
Nous sortons dîner avec notre guide.
Kabo.
Je ne le sais pas encore complètement ce soir-là, mais cet homme va prendre une place immense dans notre aventure.
Certaines personnes entrent dans un voyage discrètement… avant d’en devenir l’âme.
Kabo possède déjà cette présence particulière des hommes qui connaissent profondément la nature.
Une façon calme d’observer.
D’écouter.
Une gentillesse simple, jamais forcée.
Il parle peu au début, mais son regard, lui, raconte déjà beaucoup.
Je sens immédiatement qu’il fait partie de ce pays.
Pas seulement qu’il y vit.
Et cela change tout.
Pourtant, malgré la beauté du Botswana, malgré cette paix constante qui m’enveloppe depuis notre arrivée, quelque chose résiste encore en moi.
Trois jours déjà.
Deux vraiment actifs.
Et pourtant…
Je ne suis pas encore totalement entrée dans mon voyage.
Je ne suis pas encore bouleversée.
Les animaux sauvages me manquent.
Le silence absolu de la brousse me manque.
Cette sensation d’être seule au monde, perdue au milieu d’une nature immense, vivante, imprévisible.
Demain, nous entrerons dans la Réserve de Moremi.
Et au fond de moi, je le sens.
Le vrai voyage commence là.
Jour 4 – lundi 27 avril 2026 — Enfin, la brousse
10 heures.
Cette fois, c’est le vrai départ.
Celui que j’attendais depuis notre arrivée au Botswana.
Celui qui fait battre le cœur un peu plus vite au moment de fermer la portière du 4×4.
Nous avons fait les dernières courses à Maun.
Quelques provisions.
De l’eau.
Des choses simples qui, ici, deviennent essentielles.
Puis le plein du véhicule… et celui des cinq jerricanes attachés à l’arrière comme les promesses d’une aventure plus rude.
Devant nous : la brousse.
Et surtout, Kabo.
Je le connais encore peu, mais quelque chose me dit déjà que cet homme va profondément marquer ce voyage.
Il ne cherche jamais à impressionner.
Il ne parle pas pour remplir les silences.
Il observe.
Il écoute.
Il conduit avec cette attention calme de ceux qui connaissent intimement la piste et ses secrets.
Avec lui, on a l’impression que la nature peut finir par accepter notre présence.
Nous quittons la route principale.
Deux heures nous séparent encore de l’entrée sud de la Réserve de Moremi.
Et soudain…
Le Botswana change de visage.
Je ne m’attendais pas à une piste aussi détruite.
Les nids-de-poule sont partout.
Immenses parfois.
Profonds au point de secouer tout le véhicule dans des craquements inquiétants.
Le dos proteste rapidement.
Chaque kilomètre demande une vigilance constante.
Mais au fond, cela fait partie du passage.
La nature sauvage ne se mérite jamais facilement.
Vers 11h15, Kabo ralentit brusquement.
Des traces.
Pas de simples empreintes anciennes effacées par le vent.
Non.
Des traces fraîches.
Très fraîches.
Un gros mâle lion.
Et une femelle.
Je regarde le sable encore marqué.
Mon cœur accélère immédiatement.
C’est étrange comme quelques empreintes suffisent à réveiller quelque chose de primitif en nous.
On ne les voit pas encore… mais ils sont là.
Quelque part.
Invisibles dans cette immensité.
La forêt devient plus dense à mesure que nous avançons.
Les arbres referment parfois leurs branches au-dessus de la piste, transformant le paysage en labyrinthe végétal.
Le Botswana cache ses animaux.
Il faut les mériter.
À 11h50, enfin.
Notre premier éléphant.
Loin encore, presque noyé dans les feuillages, mais sa silhouette suffit à imposer le silence.
Même à distance, il dégage cette puissance tranquille qui bouleverse toujours autant.
Majestueux.
Je sens l’impatience monter doucement en moi.
Les sensations commencent enfin à revenir.
Celles que j’attendais depuis le début du voyage.
Kabo, lui, lit le sol comme un livre ouvert.
Ici une girafe est passée récemment.
Là, un groupe d’éléphants.
Plus loin encore, probablement des lions.
Je l’observe parfois davantage que les paysages eux-mêmes.
Sa manière de voir ce que nous ne voyons pas me fascine déjà.
Et je comprends peu à peu que ce voyage ne sera pas seulement animalier.
Il sera humain aussi.
14 heures.
Nous atteignons enfin le South Gate de Réserve de Moremi.
Et là, tout s’accélère.
Des éléphants partout.
Des femelles protectrices entourant leurs petits avec une vigilance infinie.
Des bébés maladroits qui marchent presque de travers, comme de petits crabes gris aux pattes encore trop grandes pour eux.
Nous éclatons de rire devant leur démarche hésitante.
Je pourrais les regarder pendant des heures.
Des impalas traversent les clairières avec cette élégance nerveuse qui leur appartient.
Tout semble vivant.
Tout semble en mouvement.
Et moi, enfin, je commence à sentir mon âme revenir à sa place.
Nous déjeunons rapidement avant de repartir aussitôt.
Impossible de rester immobiles.
15h15, nous repartons pour notre première vraie chasse photographique.
Le soleil tape fort maintenant.
La chaleur devient lourde.
Ma peau commence déjà à brûler malgré les précautions.
Mais je m’en moque presque.
Parce qu’autour de nous, la vie sauvage explose enfin.
Des hippopotames apparaissent dans l’eau sombre.
Puis des autruches traversant les plaines avec leur allure absurde et magnifique.
Je sens naître ce bonheur très particulier que seule l’Afrique sait me donner : celui d’être totalement présente au monde.
Ici, plus rien d’autre n’existe.
Ni le temps.
Ni les soucis.
Ni le bruit du reste du monde.
Seulement la poussière, le soleil, les odeurs sèches de la brousse… et cette sensation d’être minuscule au milieu d’un univers infiniment plus grand que nous.
Puis vient le soir.
Et avec lui, la magie.
Le soleil descend lentement sur la réserve, transformant le ciel en incendie.
Orange brûlé.
Rouge profond.
Reflets dorés sur les herbes hautes.
L’ Afrique offre ses couchers de soleil comme des œuvres d’art.
Et soudain, surgissant presque du décor lui-même : des lycaons.
Leurs corps semblent peints à la main.
Noir, sable, blanc, brun… des éclats de couleurs impossibles.
Ils ressemblent à des créatures inventées.
Kabo accélère alors brusquement.
Quelque chose a été signalé près du camp.
Nous roulons vite maintenant, très vite sur la piste cabossée.
La lumière baisse rapidement.
Mon cœur bat au rythme des secousses du véhicule.
Et puis…
Lui.
Un léopard.
Couché en plein milieu de la route.
Pendant une seconde, le temps s’arrête complètement.
Nous arrivons un peu trop vite.
Il se redresse, surpris, et disparaît dans les herbes avec une fluidité irréelle.
Mais cette image restera gravée en moi.
Ce fantôme doré au crépuscule.
À seulement deux minutes du camp.
La journée ne pouvait pas mieux se terminer.
Lorsque nous arrivons enfin, la nuit tombe rapidement sur Réserve de Moremi.
Et là commence une autre aventure.
Le camping.
Notre tente de toit est montée pour la première fois.
Je la regarde avec un mélange d’amusement et d’inquiétude.
Moi qui n’ai jamais vraiment campé… me voilà au milieu de la brousse africaine, entourée de prédateurs.
Le feu peine à prendre pendant que nous nous installons.
J’ai chaud.
Je rêve d’une douche.
Je suis couverte de poussière et de soleil.
Mais autour de nous, la nuit africaine s’éveille doucement.
Une hyène tourne autour du camp,très proche de la voiture au dessus de laquelle nous essayons de dormir, en vain, trop excités par les bruits du dehors et la pleine lune qui vient les rendre réels.
Et quelque part dehors, le léopard aperçu tout à l’heure rôde probablement encore.
Cette pensée devrait m’effrayer.
Et pourtant…
Je me sens étrangement vivante.
La journée a été intense, imprévisible, magnifique.
Et tandis que les flammes finissent enfin par danser devant nous, je comprends quelque chose d’important :
Le Botswana ne me bouleverse pas comme la Namibie peut le faire.
Il ne me serre pas les entrailles avec cette violence émotionnelle unique.
Mais il m’apprend autre chose.
La patience.
Le silence.
L’humilité face au vivant.
Et peut-être, surtout, une autre manière d’habiter le monde.
Jour 5 – Mardi 28 avril — Les voix de la brousse
6 heures du matin.
Pour la première fois depuis notre arrivée dans la Réserve de Moremi, je me réveille avec cette sensation étrange d’avoir réellement dormi au cœur du monde sauvage.
La nuit a été étonnamment douce.
Pas de peur véritable.
Pas cette inquiétude que j’imaginais avant de partir.
Seulement les bruits de la brousse, les souffles du vent dans les arbres… et surtout, dans le lointain, les rugissements des lions.
Quel réveil extraordinaire.
Pendant que tant de gens, ailleurs, ouvrent les yeux au bruit des voitures ou des camions-poubelles, nous avons été réveillés par l’Afrique elle-même.
Le soleil se lève à peine lorsque nous quittons déjà le camp. Une lumière dorée glisse doucement entre les arbres encore endormis.
Trois koudous magnifiques apparaissent furtivement dans les herbes hautes, presque irréels dans cette lumière naissante.
Tout est calme.
Un calme profond.
Ancien.
Presque sacré.
Je souris en regardant mes cuisses tachées de café au lait.
Petite catastrophe du matin.
Rien de grave.
Ici, ce genre de détail devient même amusant.
Le camping, lui, continue de me surprendre.
Je découvre peu à peu ses contraintes, ses petits inconforts, mais aussi sa vérité.
Ce n’est pas tant dormir sous la tente qui me fatigue.
C’est toute cette organisation permanente.
Monter.
Démonter.
Ranger parfaitement chaque objet.
Penser à tout.
Même lorsque ce n’est pas moi qui m’en charge directement, je ressens l’effort collectif nécessaire pour faire fonctionner cette vie nomade.
Et pourtant…
Je commence doucement à comprendre pourquoi tant de gens tombent amoureux de ce mode de voyage.
Parce qu’il rapproche de l’essentiel.

Quelques heures plus tard, la réserve nous offre encore une journée d’une richesse incroyable.
Nous apercevons un éléphant gigantesque.
Un véritable colosse.
Sa taille paraît irréelle même à distance.
Il avance lentement avec cette assurance tranquille qui appartient aux très vieux animaux.
Puis nous tombons de nouveau sur des lycaons.
Kabo les appelle “wild dogs”.
Ils fascinent autant qu’ils dérangent.
Leur allure rappelle à la fois le chien et la hyène sans appartenir vraiment à aucun des deux mondes.
Ils bougent vite, nerveusement, toujours en alerte.
L’un d’eux passe à moins de cinquante centimètres de moi.
Je pourrais presque sentir son souffle.
Kabo nous explique alors leur manière de chasser.
Et soudain, toute la beauté sauvage de l’Afrique retrouve aussi sa brutalité.
Les lycaons ne tuent pas toujours avant de manger.
Ils arrachent parfois la chair directement sur leurs proies encore vivantes.
Un zèbre peut être dévoré alors qu’il tente encore de fuir.
Ses paroles me secouent.
La nature n’a ni cruauté ni pitié.
Elle est simplement vraie.
Et c’est sans doute ce que ce voyage commence lentement à m’apprendre.
Nous voyons ensuite quantité d’oiseaux.
Des pintades magnifiques traversent les pistes dans un désordre comique, toujours pressées, toujours agitées.
Puis vient un nouveau moment suspendu.
Trois lionnes.
Magnifiques.
Elles reposent près d’une étendue d’eau, baignées par la lumière chaude du matin.
Aucun stress.
Aucune inquiétude.
Seulement cette puissance calme qui émane des grands félins lorsqu’ils savent qu’ils règnent ici.
Nous sommes incroyablement proches.
Assez proches pour distinguer leurs regards ambrés, le mouvement lent de leurs flancs lorsqu’elles respirent.
Pendant quelques secondes absurdes, on pourrait presque croire qu’il suffirait de tendre la main pour les toucher.
Au bout de seulement deux jours dans la réserve, nous réalisons soudain quelque chose : nous avons déjà vu le Big Four.
Lions.
Léopards.
Éléphants.
Buffles.
Je mesure notre chance.
Mais la brousse ne laisse jamais l’émotion s’installer trop longtemps dans une seule direction.
Un peu plus tard, après avoir observé deux magnifiques lions, nous tombons sur une scène beaucoup plus difficile.
Deux jeunes lions se reposent près du cadavre d’un jeune éléphant.
L’odeur nous frappe avant même que nous comprenions vraiment ce que nous regardons.
Une odeur lourde.
Écœurante.
Presque impossible à supporter.
Je détourne un instant les yeux.
Et pourtant, impossible aussi de ne pas regarder.
Ici encore, la vie et la mort cohabitent sans détour, sans mise à distance.
Le Botswana ne cherche jamais à rendre la nature jolie pour nous rassurer.
Il nous la montre telle qu’elle est.
À midi, nous décidons de rentrer vers le camp.
La matinée a été extraordinairement riche.
Pas seulement en animaux.
En compréhension.
Grâce à Kabo surtout.
Chaque piste devient une histoire.
Chaque comportement animal a une signification qu’il nous explique avec patience.
Il ne récite jamais un savoir appris par cœur.
Il parle comme quelqu’un qui vit réellement avec cette nature depuis toujours.
Et plus les jours passent, plus je comprends que ce voyage va laisser une empreinte différente de celle de la Namibie.
La Namibie me bouleverse.
Le Botswana, lui, m’enseigne.
L’après-midi sera plus calme.
Une immense fatigue tombe soudain sur moi.
Celle des réveils très tôt, de la chaleur, des pistes, de l’intensité permanente.
Je n’ai plus qu’une envie : me reposer.
Mais même au camp, la vie continue de nous offrir ses petits spectacles.
Trois calaos viennent jouer autour de nous.
Ils montent dans la voiture, se regardent dans les rétroviseurs comme des enfants curieux, quémandent quelques morceaux de pain avec un aplomb irrésistible.
Il y a même un bébé.
Je pourrais les observer pendant des heures tant leurs attitudes sont drôles et touchantes.
La soirée s’achève tranquillement autour du feu et d’un barbecue.
La fatigue adoucit tout.
Les flammes dansent lentement.
La nuit africaine nous enveloppe une fois encore.
Demain, nous changerons de camp.
Et pour la première fois depuis le début du voyage, je crois pouvoir dire ceci avec certitude :
Je commence véritablement à trouver ma place ici.
Jour 6 – mercredi 29 avril — Les pistes d’eau et de silence.
Le Botswana commence à entrer profondément en moi.
Pas avec la violence émotionnelle de la Namibie, non.
La Namibie m’arrache le cœur.
Elle me retourne les entrailles avec ses paysages immenses et sa beauté presque douloureuse.
Ce matin, nous quittons notre camp pour rejoindre le nord de Réserve de Moremi.
Environ quatre-vingts à quatre-vingt-dix kilomètres nous attendent.
Mais ici, les distances ne veulent plus rien dire.
Parce qu’en Afrique, ce n’est jamais le nombre de kilomètres qui compte.
C’est ce que la piste décide de vous laisser vivre.
Et aujourd’hui, elle est spectaculaire.
Les pluies récentes ont laissé partout d’immenses trous d’eau qui transforment la route en terrain d’aventure.
Tous les dix ou quinze mètres, il faut contourner une mare, éviter une ornière, choisir le bon passage.
Parfois l’eau reflète le ciel comme un miroir parfait.
Parfois elle cache des trous profonds qui secoueraient violemment le véhicule si Kabo ne maîtrisait pas si parfaitement sa conduite.
Le Botswana agit autrement.
Il s’infiltre lentement.
Par petites touches.
Par la poussière, les silences, les réveils au milieu de nulle part, les leçons discrètes de la brousse.
Je le regarde faire avec admiration.
Il connaît ces pistes comme d’autres connaissent les rues de leur ville natale.
Il anticipe chaque difficulté avec un calme impressionnant.
Pas une hésitation.
Pas un geste inutile.
Dans cet univers mouvant où la route disparaît parfois sous l’eau ou le sable, il semble toujours savoir exactement où aller.
Le soleil est magnifique ce matin.
Une lumière claire et chaude enveloppe les plaines encore humides.
Kabo nous explique qu’en quinze jours à peine, tout cela sera probablement sec.
Les mares disparaîtront, les pistes redeviendront poussiéreuses.
Nous ne verrons pas cette transformation.
Et cela me rend presque mélancolique.
Le Botswana change sans cesse.
Il ne garde rien longtemps.
Pendant des heures, aucun animal n’apparaît.
Étrangement, cela ne me déçoit même pas.
Parce qu’ici, même l’absence de faune raconte quelque chose.
La route devient une expérience à elle seule.
Le sable, les arbres, les odeurs d’herbes mouillées, les flaques immenses où se reflètent les nuages… tout finit par hypnotiser.
À 9 heures, miracle moderne : un peu de réseau.
Assez pour envoyer quelques messages à la famille et aux amis.
Quelques mots rassurants avant de replonger dans cet isolement total qui commence finalement à me plaire énormément.
Le monde paraît déjà très loin.
À 9h30, nous arrivons à la porte nord de la réserve.
Et là, une petite émotion absurde me traverse : notre premier pont en bois africain.
Il craque légèrement sous les roues du 4×4.
En dessous, l’eau sombre glisse lentement entre les roseaux.
Je regarde autour de moi avec des yeux d’enfant.
Même les détails les plus simples prennent ici une saveur particulière.
Puis la piste reprend.
Encore des heures de secousses, de sable, de lumière brûlante et de silence.
À midi enfin, nous atteignons notre nouveau camp.
Et pendant quelques secondes, l’angoisse me gagne.
Les emplacements numérotés apparaissent au milieu des arbres, dispersés dans une nature immense.
Les sanitaires me semblent terriblement loin.
Je me demande soudain ce que je fais réellement ici, au milieu de cette brousse sauvage, moi qui n’avais presque jamais campé auparavant.
Mais le Botswana a cette étrange habitude de calmer doucement les peurs.
Un ranger vient nous guider jusqu’à notre véritable emplacement.
Finalement, les sanitaires sont à une cinquantaine de mètres seulement.
Et surtout…
L’endroit est magnifique.
De grands arbres nous protègent du soleil.
Leur ombre danse sur le sable chaud. L’air est immobile.
Quelques oiseaux traversent les branches au-dessus de nous.
Je sens déjà que ce camp va nous plaire.
Nous resterons ici deux jours.
Deux jours au milieu de presque rien.
Et pourtant, ce “presque rien” commence à devenir immense pour moi.
Le déjeuner est simple, comme souvent depuis le début du camping : sardines, maïs, un peu de fromage.
Des repas sans sophistication, mais qui prennent une saveur incroyable après des heures de piste.
Je crois que la brousse réapprend doucement au corps ce dont il a réellement besoin.
L’après-midi ralentit sous la chaleur.
Nous nous reposons un peu avant de repartir vers quinze heures en direction d’un point d’eau où des rhinocéros ont parfois été aperçus.
Des rhinocéros…
Rien que le mot suffit à réveiller mon excitation.
Je réalise alors quelque chose : quelques jours auparavant, l’idée même de dormir sous une tente au milieu des lions et des hyènes m’inquiétait profondément.
Et maintenant, je commence presque à trouver cela normal.
La nature sauvage finit par redéfinir les repères.
Le plus surprenant reste peut-être là : dans cette transformation intérieure discrète qui s’opère jour après jour.
Le Botswana ne me submerge pas d’émotion comme la Namibie.
Mais il m’apprend lentement à ralentir.
À observer.
À accepter l’inconfort.
À écouter le silence.
Et surtout, il m’apprend que l’aventure n’est pas toujours spectaculaire.
Parfois, elle se cache simplement dans une piste noyée d’eau, dans un repas de sardines sous les arbres, ou dans la confiance grandissante que l’on accorde à un guide devenu peu à peu indispensable.
Jour 7- jeudi 30 avril — Les voix invisibles de la nuit
4h30 du matin.
Dans la tente, les yeux ouverts dans l’obscurité, je comprends enfin ce que signifie réellement dormir au cœur de l’Afrique sauvage.
Depuis un long moment déjà, la nuit parle autour de nous.
Au loin, des rugissements de lions roulent dans le silence comme un tonnerre étouffé.
Plus loin encore, les souffles graves des hippopotames remontent depuis les points d’eau.
Par moments, des branches craquent sous le passage discret d’éléphants invisibles.
Et puis soudain…
Beaucoup plus près.
À une cinquantaine de mètres seulement.
Une femelle hippopotame et son petit sont là, juste devant le camp, tranquillement en train de brouter dans l’obscurité encore bleutée de l’aube.
Je retiens presque ma respiration.
Il est absolument hors de question de sortir de la tente maintenant.
Les hippopotames ont cette réputation étrange : lourds, presque comiques dans l’eau… mais redoutablement dangereux sur terre.
Surtout une mère accompagnée de son petit.
Alors nous attendons.
En silence.
Avec cette sensation irréelle d’être simplement tolérés au milieu de leur territoire.
Et malgré la prudence, malgré la conscience du danger, je ressens surtout une immense gratitude.
Qui peut dire avoir été réveillé ainsi ?
Par les bruits du vivant.
Par une Afrique encore totalement libre.
Quand enfin le jour se lève complètement, la lumière révèle peu à peu les paysages noyés d’eau qui entourent notre camp.
Cette partie du Réserve de Moremi semble presque flottante.
Partout, l’eau dessine des miroirs entre les herbes hautes.
Les pistes elles-mêmes paraissent parfois hésiter entre terre et marécage.
Nous partons à 7 heures.
La matinée sera moins généreuse côté photographie animalière.
Et pourtant, je ne ressens aucune frustration.
Le Botswana m’apprend lentement quelque chose de précieux : il ne faut pas toujours attendre le spectaculaire pour être heureux.
Nous voyons de très beaux oiseaux, des paysages aquatiques magnifiques, des arbres immenses dont les racines semblent boire directement dans les plaines inondées.
Et puis, vers 10h30, trois énormes éléphants surgissent devant nous.
Massifs. Silencieux.
Paisibles.
Nous sommes incroyablement proches d’eux. Peut-être quatre mètres seulement.
Je distingue les plis de leur peau couverte de poussière, les mouvements lents de leurs oreilles, leurs yeux étonnamment doux.
Ils restent calmes.
Totalement indifférents à notre présence.
Je ressens toujours cette émotion étrange devant les éléphants : un mélange de respect, de tendresse et d’humilité.
Ils semblent appartenir à une mémoire beaucoup plus ancienne que la nôtre.
Le camp lui-même devient de plus en plus familier.
L’eau est partout autour de nous.
Les pistes restent parfois coincées entre les mares et les zones inondées.
Tout paraît lent ici.
Reposant.
Comme si la nature imposait son propre rythme à nos corps fatigués.
Ce sera notre dernière nuit dans cet endroit.
Et je réalise déjà que je vais regretter ce calme.
Nous déjeunons simplement, puis apercevons un autre gros éléphant non loin du camp.
Il broute tranquillement sous les arbres comme s’il faisait lui aussi partie des habitués du lieu.
Je me surprends désormais à observer les animaux sans chercher systématiquement la photo parfaite.
Comme si quelque chose en moi commençait enfin à ralentir.
Après une petite sieste écrasée de chaleur, nous repartons vers quinze heures.
Le soleil est encore haut mais la lumière devient plus douce.
Et au bout d’un quart d’heure à peine : notre première girafe.
Je ne sais pas pourquoi les girafes me touchent autant.
Peut-être leur grâce improbable.
Leur manière de se déplacer comme au ralenti, presque irréelle.
Leur simple présence suffit à rendre le paysage poétique.
Un peu plus loin, nous retrouvons les trois éléphants du matin.
Ils se sont visiblement baignés dans la boue.
Leur peau sombre est encore humide par endroits tandis qu’ils continuent à manger tranquillement.
La scène respire une paix absolue.
Le reste de l’après-midi sera plus discret.
Quelques oiseaux.
Des impalas.
Des zèbres.
Mais ni lions, ni guépards, ni hippopotames ne sont visibles.
Et pourtant, encore une fois, le Botswana finit par offrir autre chose.
Le coucher du soleil.
Toujours lui.
Toujours cette beauté presque insolente.
Un éléphant dans la lumière dorée.
Un hippopotame immobile dans une mare devenue orange sous le ciel brûlant.
Parfois, il ne faut rien de plus pour qu’un instant devienne inoubliable.
Nous rentrons rapidement avant la nuit complète.
Les hippopotames sont déjà sortis de l’eau.
Cela signifie qu’ils ne sont pas loin du camp.
La brousse change immédiatement d’atmosphère lorsque le soleil disparaît.
Tout devient plus dense, plus mystérieux.
Les sons prennent une autre importance.
Au loin, des lions rugissent encore.
Et un éléphant semble se trouver à une centaine de mètres seulement.
Peut-être traversera-t-il le camp cette nuit.
Cette idée, quelques jours plus tôt, m’aurait probablement empêchée de dormir.
Maintenant…
Elle fait presque partie du décor.
Le dîner est simple : du pâté, de la viande grillée, du riz.
Le feu crépite doucement pendant que la nuit enveloppe les arbres autour de nous.
Demain, nous prendrons la route vers Khwai.
Une nouvelle étape.
D’autres pistes.
D’autres rencontres.
Et moi, lentement, je continue d’apprendre.
Pas seulement les animaux.
Mais cette manière différente de vivre que Kabo semble porter naturellement en lui : ne jamais lutter contre la nature, seulement avancer avec elle.
Jour 8 – vendredi 1er mai — Là où le silence soigne
7h10.
Nous quittons le camp pour la dernière fois.
Le moteur du 4×4 ronronne doucement dans l’air encore frais du matin tandis que nous reprenons la piste en direction de Khwai.
Demain, nous rejoindrons Savuti, autre nom mythique de cette Afrique sauvage qui me faisait rêver bien avant de la connaître.
Le ciel est d’un bleu irréel.
Ce bleu africain immense, sans hésitation, sans nuage, qui semble ne jamais finir.
Nous avançons lentement dans la lumière dorée du matin, encore baignés par cette douceur étrange propre aux départs de camp.
On démonte tout, on range tout, et pourtant une partie de soi reste toujours un peu derrière.
Je regarde une dernière fois les arbres, les pistes humides, les mares silencieuses.
Puis la brousse nous rappelle immédiatement à elle.
Un éléphant apparaît.
D’abord une silhouette confuse entre les branches.
Puis peu à peu sa masse immense se dessine complètement dans la lumière.
Et là…
Le bonheur simple de le suivre.
Il marche tranquillement le long de la piste, face au soleil levant.
Sa silhouette avance dans la poussière dorée comme une apparition ancienne.
Chaque pas soulève un peu de sable.
Son corps immense semble pourtant d’une douceur infinie.

Nous le suivons un moment sans parler.
Parce qu’il existe des instants que les mots abîment.
Puis il bifurque lentement vers la brousse.
Et disparaît.
Comme si nous nous séparions pour toujours.
L’Afrique donne souvent cette impression étrange : chaque rencontre paraît unique, fragile, presque définitive.
Et pourtant, ce matin-là, une autre prise de conscience me bouleverse encore davantage.
Depuis plusieurs nuits maintenant…
Je dors.
Vraiment.Moi qui, dans la vie ordinaire, me réveille sans cesse, dors peu, lutte souvent contre mes nuits… ici, au milieu de la nature sauvage, quelque chose s’est apaisé profondément en moi.
Nous nous couchons vers 20 heures.
Nous nous réveillons vers 6 heures.
Et entre les deux ?
Le sommeil.
Profond.
Paisible.
Presque réparateur.
Je me réveille parfois une fois ou deux dans la nuit, simplement pour écouter les bruits dehors avant de me rendormir aussitôt.
Cette paix intérieure me touche énormément.
Comme si la nature avait réussi là où le reste du monde échoue souvent : calmer enfin mon esprit.
Je crois que le Botswana est en train de réparer silencieusement quelque chose en moi.
Et cela vaut probablement autant que tous les safaris du monde.
La matinée continue doucement.
Puis soudain, après une semaine d’aventure, nous réalisons quelque chose d’incroyable.
Le Big Five est complet.
Lion.
Léopard.
Éléphant.
Rhinocéros.
Et enfin les buffles.
Nous les apercevons au loin, massifs, regroupés au milieu de la piste avec leurs petits.
Impossible de s’approcher davantage.

Kabo nous explique calmement à quel point les buffles peuvent être dangereux, surtout lorsqu’il y a des jeunes dans le troupeau.
Alors nous respectons la distance.
Ici, ce n’est jamais l’humain qui décide.
Et je crois que c’est aussi ce qui rend cette expérience si forte : apprendre à accepter les limites.
En arrivant à Kwai, une nouvelle surprise nous attend.
Des singes.
Petits voleurs professionnels.
À peine installés, ils commencent déjà à voler mes bonbons dans la portière de la voiture avec une audace absolument incroyable.
Il faut surveiller chaque sac, chaque paquet ouvert, chaque mouvement.
Ils surgissent de partout, rapides, malins, totalement sans gêne.
Et forcément… cela nous fait rire.
Le camp est magnifique.
Installé près d’une retenue d’eau où viennent probablement boire les animaux au coucher du soleil.
Les impalas traversent tranquillement les alentours.
Des éléphants doivent rôder non loin.
Tout est calme.
Un calme presque irréel.
Parfois, il n’y a effectivement “rien d’autre à dire”.
Parce que certains lieux existent simplement pour être ressentis.
Nous repartons vers 14 heures pour le safari de l’après-midi.
La chaleur est écrasante.
Les animaux sont moins nombreux aujourd’hui, ou peut-être simplement mieux cachés.
Beaucoup d’impalas.
Quelques oiseaux.
Puis encore des éléphants.
Mais cette fois, quelque chose change.
Nous tombons sur une immense famille de femelles éléphants accompagnées de leurs petits.
Et l’émotion me saisit immédiatement.
Les mères entourent les bébés avec une attention constante.
Les petits passent entre les jambes immenses des adultes, se touchent, jouent, se rassurent mutuellement.
Il y a dans ces scènes une tendresse bouleversante.
Une humanité presque troublante.
Nous restons longtemps à les observer.
Puis un autre groupe apparaît plus loin, avançant rapidement cette fois.
Kabo observe leur comportement avec sérieux.
Il nous explique qu’elles ne sont pas détendues.
Elles sentent probablement la présence d’un gros mâle dans les environs et cherchent à protéger leurs petits.
J’aime cette manière qu’il a de lire les animaux.
Il ne regarde jamais simplement “des éléphants”.
Il voit des comportements.
Des émotions.
Des intentions.
Des tensions invisibles pour nous.
Grâce à lui, chaque scène devient une histoire vivante.
Et je réalise peu à peu que la plus grande richesse de ce voyage n’est peut-être pas seulement ce que nous voyons…
Mais la manière dont il nous apprend à regarder.
La journée avance lentement dans la lumière brûlante.
Nous avons observé au moins trois grandes familles d’éléphants aujourd’hui.
Une quarantaine d’individus peut-être.
Des énormes mâles solitaires.
Des mères protectrices.
Des bébés de tous âges.
Des moments de vie.
Des moments vrais.
Ce soir, j’attends avec impatience le coucher du soleil près du lac.
Peut-être même le lever de lune au-dessus de l’eau.
Et peut-être aussi les singes revenant nous voler notre dîner.
Finalement, cela fait désormais partie de notre quotidien africain.
Le Botswana continue son œuvre silencieuse sur moi.
La Namibie reste ce pays qui m’arrache le cœur lorsque je le quitte.Mais ici, au Botswana, au milieu des pistes, des éléphants et des nuits paisibles, j’apprends doucement quelque chose de plus rare encore :
Comment retrouver le calme à l’intérieur de soi.
Jour 9 – samedi 2 mai — La nuit africaine ne dort jamais
Cette nuit-là, quelque chose a changé.
Je crois que je suis passée de simple voyageuse… à véritable habitante, même éphémère, de la brousse africaine.
Après minuit, dormir était devenu impossible.
Non pas à cause de la peur. Pas vraiment. Mais parce que la nuit tout entière semblait vivante autour de moi.
Chaque bruit devenait une question.
Chaque souffle, une histoire invisible.
Dans notre tente perchée au-dessus du sol, les oreilles grandes ouvertes dans l’obscurité, j’écoutais le Botswana respirer.
Un craquement de branche.
Puis un autre.
Le froissement discret des herbes hautes.
Au loin, le grondement grave d’un hippopotame.
Un son presque préhistorique, profond, inquiétant et fascinant à la fois.
Pourquoi grognait-il si fort ?
À qui parlait-il ?
Était-ce une menace ?
Un appel ?
Et plus loin encore…
Des aboiements.
Étaient-ce des lycaons au pelage roux et noir ?
Ou simplement des chiens du camp voisin ?
Mon expérience était encore trop limitée pour reconnaître autre chose qu’un simple aboiement.
Alors j’écoutais. J’apprenais.
Je devenais attentive à des choses auxquelles je n’avais jamais prêté attention auparavant.
Les singes, eux, dormaient encore. Pour une fois, ils nous laissaient tranquilles.
Puis une énorme hyène passa tout près de notre voiture avant de disparaître dans la forêt.
Silencieuse.
Massive.
Fantomatique dans la lumière de la lune.
Et là, ma curiosité prit définitivement le dessus sur le sommeil.
Impossible de fermer les yeux.
La pleine lune éclairait suffisamment la savane pour révéler les silhouettes lointaines.
Je distinguais même un impala en train de brouter non loin du camp.
Tout semblait irréel.
Quel était donc ce pays capable de m’offrir autant d’émotions sans jamais me submerger de la même façon que la Namibie ?
La Namibie me transperce.
Le Botswana, lui, m’éveille.
Il me rend attentive au moindre souffle du vivant.
Soudain, un bruit plus proche encore.
Le souffle puissant d’un éléphant.
Pas si loin finalement.
Hier soir déjà, certains étaient passés près des sanitaires du camp.
Et cette pensée me traverse alors : Avons-nous réellement le droit de dormir quand tant de beauté continue de vivre autour de nous ?
Le lever du soleil finit par arriver, magnifique comme toujours.
Le ciel se colore lentement pendant que nous préparons notre départ vers Savuti.
Il est 6h45.
Nous partirons dans un quart d’heure.
Et très vite, la journée commence fort.
Peu après le départ, nous tombons sur un hippopotame hors de l’eau.
Enfin.
Mon premier vrai hippo broutant dans les herbes du matin.
Le bonheur absolu.
Le voir ainsi, massif et pourtant presque paisible dans la lumière naissante, me donne l’impression d’assister à quelque chose d’extrêmement rare.
Puis soudain…
La voiture refuse de redémarrer.
Batterie morte.
En plein milieu de la brousse.
Et évidemment, l’hippopotame n’est pas très loin.
Pendant plus d’une heure, peut-être une heure trente, nous restons immobilisés pendant que Kabo tente de résoudre le problème avec un calme impressionnant.
Heureusement, des rangers finissent par passer et nous aident à repartir.
Je réalise alors quelque chose : en Afrique, les imprévus ne sont jamais vraiment des catastrophes.
Ils font partie du voyage.
Et étrangement… cela nous fait presque rire.
Heureusement aussi, l’hippopotame s’était éloigné pendant la réparation.
Sinon, l’histoire aurait peut-être été beaucoup moins drôle.
À 11 heures, nous franchissons enfin la porte de Mababe Depression.
Et le paysage change complètement.
Une immense plaine verte s’ouvre devant nous.
Plate. Infinie. Magnifique.
À gauche, le bush dense.
À droite, une étendue ouverte où quelques arbres morts dessinent des silhouettes presque artistiques à l’horizon.
Nous croisons des familles de phacochères, dont un minuscule bébé absolument adorable.
Et partout… cette sensation de calme immense.
Ici, tout respire autrement.
Nous découvrons ensuite les grandes plaines de Savuti, couvertes d’herbes hautes et vertes.
Rien à voir avec la sécheresse namibienne.
Et pourtant, j’aime profondément cet endroit aussi.
Pas avec la même douleur au cœur.
Pas avec cette émotion viscérale que me procure la Namibie.
Mais avec un bonheur plus léger, plus mouvant.
Ici, chaque virage peut offrir une surprise.
Et justement…
Nous tombons sur une scène dont je rêvais depuis le début du voyage.
Deux hippopotames se faisant face.
Puis l’un ouvre enfin la gueule dans un bâillement gigantesque.
La photo.
Ma photo.
Celle que j’espérais secrètement depuis des jours.
Je crois que j’ai poussé un cri de joie.
Autour de nous, les plaines de Savuti deviennent presque irréelles sous cette lumière éclatante.
Des girafes traversent lentement l’horizon.
Les phacochères courent la queue dressée derrière leurs petits.
Et surtout, cette herbe immense.
La “Savuti Marsh”.
Une mer verte mouvante où les lions, les zèbres et les éléphants peuvent disparaître entièrement.
Kabo nous explique que les vents poussent ici un sable extrêmement fin et blanc appelé “white sand”.
La route serpente au milieu de ce décor grandiose jusqu’à un premier point d’eau : Marabou Pan.
Nous y pique-niquons.
Et comme si le Botswana refusait décidément de nous laisser respirer tranquillement, une famille de lions apparaît.
Deux femelles.
Trois petits.
Je pourrais rester là toute ma vie.
Kabo nous raconte alors la vie autour de ces points d’eau.
Les immenses rassemblements de lions cachés dans les herbes hautes.
Les familles qui attendent les zèbres, les buffles ou les antilopes venant boire.
La nature ici est magnifique.
Et terriblement exigeante.
Nous arrivons finalement au camp vers 16 heures.
Mais la batterie de la voiture est désormais officiellement morte.
Une nouvelle arrivera lundi depuis Kasane.
Encore une fois, les autres voyageurs du camp viennent spontanément aider.
L’Afrique crée des solidarités simples et immédiates.
Ce soir-là, pendant les allers-retours et les échanges de batterie, je me retrouve seule un instant dans le camp.
La lune est orange.
Immense.
Magnifique.
Je prends quelques photos dans le noir avec ma lampe frontale.

Et soudain…
Deux yeux.
À cinquante mètres à peine.
Mon sang se glace.
Je crois immédiatement à un bébé lion.
Et donc, forcément, à la présence d’une lionne tout près.
Pendant quinze secondes interminables, je reste immobile.
Puis l’animal s’éloigne.
Je range tout précipitamment, grimpe presque dans la voiture… avant de le revoir un peu plus loin sur la route.
Et là seulement, je comprends.
Pas un lionceau.
Une femelle léopard.
Magnifique.
Silencieuse.
Libre.
Étrangement, cela me rassure presque.
Même si une lionne rôde réellement quelque part dans le camp ce soir.
Cette journée aura été folle du début à la fin.
Des peurs.
Des rires.
Des pannes.
Des couchers de soleil.
Des lions.
Des hippopotames.
Des rencontres improbables.
Et surtout, encore et toujours, Kabo.
Sa patience.
Son humour.
Sa capacité à transformer chaque difficulté en aventure.
Je crois que le Botswana est en train de m’offrir quelque chose de très rare :
Non seulement des souvenirs…
Mais une nouvelle manière de ressentir la vie.
Jour 10 dimanche 3 mai — La reine du soir
Certaines journées commencent sans promesse particulière.
Et pourtant, ce sont souvent celles-là qui deviennent les plus précieuses.
Lorsque j’ouvre les yeux ce matin-là, le camp est encore plongé dans cette tranquillité profonde qui caractérise le Savuti.
Le soleil n’a pas encore complètement réchauffé les herbes hautes.
Quelques oiseaux saluent le jour.
Et autour de nous, l’immensité.
Toujours cette impression d’être seuls au monde.
Au milieu de nulle part.
Ou peut-être, au contraire, exactement au centre de quelque chose d’essentiel.
La première préoccupation de la journée n’est pourtant ni un lion ni un éléphant.
C’est la voiture.
La batterie, décidément, refuse toujours de coopérer.
Impossible de démarrer seuls.
Mais en Afrique, l’entraide semble aussi naturelle que le lever du soleil.
Un voisin de camp vient nous aider avec une simplicité désarmante.
Quelques minutes plus tard, le moteur reprend vie.
Une nouvelle fois, le voyage peut continuer.
Je remarque d’ailleurs que depuis plusieurs jours, les petits soucis techniques ne me stressent plus vraiment.
Autrefois, j’aurais probablement pesté, calculé, anticipé.
Ici, j’attends.
Comme Kabo.
Je regarde comment il accueille chaque imprévu avec calme, comme si rien n’était jamais réellement grave.
Et je crois que, sans m’en rendre compte, j’apprends un peu de cette philosophie.
Nous quittons le camp.
La lumière du matin est magnifique.
Les grandes étendues vertes de Savuti s’étendent à perte de vue.
Quelques arbres solitaires ponctuent l’horizon comme des sentinelles silencieuses.
Et puis soudain…
Le cadeau du jour.
Une maman guépard.
Avec ses petits.
Je reste sans voix.
Depuis le début du voyage, j’espérais cette rencontre.
Je l’attendais presque secrètement.
Les voir enfin là, dans leur environnement naturel, dépasse tout ce que j’avais imaginé.
La mère est attentive.
Élégante.
Son regard scrute constamment les alentours.
Les petits, eux, découvrent encore le monde avec cette maladresse touchante propre aux jeunes animaux.
Je les observe longtemps.
Peut-être trop longtemps.
Mais comment pourrait-on se lasser d’un tel spectacle ?
À cet instant, il n’existe plus ni appareil photo ni liste d’animaux à cocher.
Seulement la gratitude.
Le reste de la matinée s’écoule doucement.
Quelques antilopes.
Des oiseaux.
Des paysages immenses.
Des lumières changeantes.
Puis nous rentrons au camp.
Une fois encore, la vie quotidienne reprend ses droits.
Je fais la vaisselle.
Un peu de lessive.
Je traite quelques photos.
Ces gestes simples prennent ici une saveur particulière.
Peut-être parce qu’ils se déroulent au milieu de la brousse.
Peut-être parce qu’ils nous obligent à ralentir.
Ou peut-être simplement parce que le Botswana m’apprend depuis plusieurs jours qu’il existe une forme de bonheur dans les choses ordinaires.
La chaleur de l’après-midi nous pousse à nous reposer un peu.
Puis, vers quinze heures, nous repartons.
Le soleil commence lentement sa descente.
La lumière devient plus douce.
Plus dorée.
Plus photographique aussi.
Pourtant, à 15h45, toujours rien.
Ou du moins rien d’exceptionnel.
Quelques animaux aperçus au loin.
Quelques silhouettes perdues dans les hautes herbes.
Rien qui fasse réellement battre le cœur.
Mais l’expérience m’a déjà appris une chose : En Afrique, tout peut changer en quelques minutes.
Et c’est exactement ce qui arrive.
Grâce aux informations échangées entre plusieurs guides, nous apprenons qu’un léopard a été signalé dans les environs.
Kabo change immédiatement de direction.
Son regard s’anime.
Nous roulons encore quelques minutes.
Et soudain… Elle apparaît.
Une femelle léopard.
Magnifique.
Silencieuse.
Souveraine.
Nous apprenons qu’un mâle a déjà tué un impala dans le secteur.
Mais les léopards ne sont pas réputés pour leur générosité.
Le repas ne sera pas partagé.
Alors cette femelle doit repartir chasser seule.
Et c’est précisément ce qui la conduit devant nous.
Elle traverse lentement la piste.
À quelques mètres seulement.
Sans peur.
Sans précipitation.
Comme si nous n’existions pas.
Je distingue chacun de ses mouvements.
Ses épaules puissantes roulant sous sa robe tachetée.
Ses muscles souples.
Son regard concentré.
Elle avance avec cette élégance féline que rien n’égale.
Affamée.
Libre.
Magnifique.
Le temps semble suspendu.
Même Kabo parle à voix basse.
Comme si nous attendions quelque chose de sacré.
Et peut-être est-ce le cas.
Dans ces immensités sauvages où l’on peut rouler des heures sans croiser âme qui vive, rencontrer un léopard ainsi relève presque du privilège.
Je comprends alors pourquoi les guides continuent de s’émerveiller même après des années passées ici.
Certains moments restent exceptionnels.
Toujours.
Lorsque le soleil commence à toucher l’horizon, la savane se transforme une nouvelle fois.
Les herbes prennent des reflets cuivrés.
Les arbres deviennent noirs sur le ciel incandescent.
Le Botswana offre un dernier spectacle.
Un coucher de soleil immense.
Un de ceux qui semblent vouloir engloutir toute la plaine dans leurs couleurs.
Nous restons quelques instants en silence.
Simplement à regarder.
À respirer.
À exister.
Puis nous reprenons la route du camp.
Le barbecue du soir sera modeste.
Quelques grillades.
Un repas simple.
Mais autour de nous, il y a l’Afrique.
La vraie.
Pas de réseau.
Pas de ville.
Pas de bruit.
Seulement le crépitement du feu, les étoiles et cette paix profonde qui semble habiter chaque arbre, chaque piste, chaque animal.
Je repense alors à la Namibie.
À cette terre qui bouleverse mon cœur comme aucune autre.
Et je comprends un peu mieux la différence.
La Namibie me fait pleurer de beauté.
Le Botswana, lui, m’apprend à vivre l’instant.
À ralentir.
À écouter.
À accepter.
Et ce soir, sous les étoiles de Savuti, cela me paraît être un cadeau immense.
Merci, Botswana. Merci pour ton silence. Merci pour ta douceur. Merci pour cette paix que je n’avais pas imaginé trouver un jour au milieu de la nature sauvage.






























































































































































































