le Gardien de nos routes

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« Il y a des rencontres qui appartiennent à un voyage. Et puis il y a celles qui finissent par appartenir à tous les voyages. » 

Pal — le fil invisible de nos voyages en Inde

En octobre 2014, lorsque nous sommes montés pour la première fois dans sa voiture à Delhi, Shishpal, que nous avons très vite appelé Pal, était notre chauffeur.
Nous ne savions pas encore qu’au fil des années et des kilomètres, ce mot deviendrait beaucoup trop petit pour le définir.

Sept voyages en Inde ont passé.
Des milliers de kilomètres aussi.
Des villes retrouvées, des routes oubliées, des détours improvisés, des chais pris au bord du chemin, des silences,
des éclats de rire et cette étrange habitude qui s’est installée : revenir en Inde, c’était aussi retrouver Pal.

Il connaît maintenant nos manies, nos enthousiasmes et probablement quelques-uns de nos défauts.
Il sait quand ralentir, quand s’arrêter, quand nous laisser regarder.
Il a vu défiler nos voyages depuis son volant et nous avons vu son pays défiler derrière ses vitres.
Quelque part entre Delhi, le Rajasthan, Bénarès, Orchha et toutes ces routes dont je serais incapable de retrouver le nom, un chauffeur est devenu un ami.

Cette carte est née de cette histoire.

Je voulais réunir en une seule image quelques-uns des lieux qui ont construit mon Inde : le Taj Mahal, Udaipur, Bénarès, Orchha, les routes et les rencontres.
Mais il fallait surtout qu’il soit là, à la place où je l’ai vu pendant tant d’années : dans le rétroviseur.

Parce qu’au fond, lorsque je pense à mes routes indiennes, Pal n’est jamais très loin.

The Roads of my India, une lettre à Pal, écrite au fil de sept voyages.

Les routes de mon Inde 

     Version française du texte de la carte 

    Les routes de mon Inde

Au-delà du grand tumulte et du cri des klaxons,
j’ai appris à entendre une autre musique.
Une folle symphonie dans laquelle ma vie s’est tissée,
depuis les feux de l’aube jusqu’aux brasiers du crépuscule.

À mes côtés veille le gardien de mes routes.
Mon ami, mon chauffeur, celui qui devance mes hésitations.
Mon cher Pal, mon Shishpal, mon point d’ancrage,
le fil sacré qui guide une destinée si riche.
Sept voyages déjà sous sa protection,
et bientôt le huitième, au son de sa voix.

Je me revois encore à Agra, le cœur débordant,
là où le marbre du Taj a scellé mon avenir.
Une promesse de lumière, un amour qui s’éveille,
sous ce dôme d’albâtre devant lequel ma vie s’émerveille.
C’est là que j’ai dit oui, dans le souffle du vent,
devant ce monument élevé à l’amour.

Puis Udaipur m’emporte dans ses reflets d’argent,
où les palais semblent flotter au fil du temps.
La beauté y repose, silencieuse et immobile,
et mon âme captive devient sa reine.

Mais c’est à Bénarès, dans le miroir du grand fleuve,
que mon cœur s’abandonne et que mon esprit s’émeut.
Dans le feu des bûchers et les chants des fidèles,
j’ai vu son âme couler comme un fleuve éternel.

Et là-bas, à Orchha, sur cette terre de pierre,
le regard d’un sadhu a rencontré ma lumière.
Un instant de silence au milieu du bruit,
un éclat d’infini demeuré dans mon cœur.

Puis la route tourne encore et l’horizon m’appelle,
vers cette Inde éternelle, changeante et pourtant fidèle.
Avec Pal au volant, je n’ai plus peur du chemin,
prête bientôt à laisser la trace de mon huitième voyage.

Merci, Pal — Shishpal

Pour chaque kilomètre de confiance,
pour chaque instant d’amitié,
pour être devenu le cœur de mes voyages en Inde.

Et la route continue…

Et là, je voudrais terminer par ta voix, pas par celle du poème :

Cette image ne referme rien.

Au moment où j’écris ces lignes, un huitième voyage en Inde se prépare déjà.
Cette fois, les routes ne seront pas tout à fait les mêmes, mais je sais qu’il y aura encore des kilomètres,
des arrêts imprévus, probablement beaucoup trop de chais et certainement quelques changements de programme dont Pal aura le secret.

Pendant longtemps, j’ai cru que nous retournions en Inde pour retrouver des lieux.
Avec les années, j’ai compris que nous y retournions aussi pour retrouver des gens.

Pal est l’un d’eux.

Il y aura bien des voyages sans lui. En novembre, d’autres routes m’attendent vers Calcutta et l’Odisha,
loin de celles que nous avons parcourues ensemble.
Mais au printemps suivant, lorsque nous repartirons avec Fred pour retrouver Holi, j’espère qu’il sera là.

Et je sais déjà ce que j’attendrai presque autant que l’Inde elle-même : apercevoir de nouveau son visage dans le rétroviseur.

Parce qu’après toutes ces années, il existe des images qui signifient davantage que ce qu’elles montrent.
Pour moi, celle-là veut simplement dire : nous sommes revenus.

Merci, Pal.
Pour les kilomètres, bien sûr.
Mais surtout pour tout ce qu’aucun compteur ne saura jamais mesurer.

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