2014 — Là où tout a commencé
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Delhi — Le premier choc

Lorsque notre avion se pose à Delhi en octobre 2014, je crois savoir où je mets les pieds. J’ai lu, regardé des documentaires, écouté les récits des autres.
En réalité, je ne sais rien.
Le bruit, d’abord. Les klaxons qui semblent ne jamais s’arrêter, la circulation, les odeurs, la foule, les regards.
Je me sens observée autant que j’observe.
Tout est excessif, déroutant, fascinant.
C’est ici que notre aventure indienne a véritablement commencé, face au majestueux tombeau de Humayun.
Ce chef-d’œuvre de grès rouge et de marbre fut le tout premier monument de notre tout premier voyage en Inde. Une entrée en matière spectaculaire qui nous a immédiatement plongés dans la magie et la grandeur de l’histoire moghole.
C’est ici que notre toute première aventure indienne a commencé, face au majestueux tombeau de Humayun. Nous avions rendez-vous ensuite avec Ranjeet qui nous attendait au grand temple sikh de Delhi, le magique Gurudwara Bangla Sahib, pour nous plonger instantanément dans la ferveur et l’hospitalité unique de l’Inde.
Sikh lui-même, il nous ouvre les portes de son temple.
Nous retirons nos chaussures, couvrons nos têtes et entrons sans vraiment savoir ce qui nous attend.
Les chants, les fidèles, les cuisines où l’on prépare à manger pour tous sans distinction : ma première rencontre avec l’Inde spirituelle ne se fait pas devant un monument célèbre, mais dans un lieu où l’accueil et le partage semblent aller de soi.
Puis nous faisons connaissance avec Shishpal, que j’appellerai bientôt Pal.
Pour l’instant, il est simplement notre chauffeur : un homme calme, souriant, rassurant.
Nous ignorons totalement la place qu’il prendra un jour dans notre histoire.
Nous quittons Delhi. Et c’est là que commence véritablement mon voyage.
On the road — Regarder entre les étapes
Je passe des heures collée à la vitre.
Des camions surchargés, des motos transportant des familles entières, des vaches qui traversent quand bon leur semble, des chiens endormis au milieu de la chaussée, des femmes portant leurs jarres sur la tête, des troupeaux qui interrompent la circulation sans provoquer la moindre impatience.
Moi, parfois, je serre un peu les accoudoirs. Pal, lui, conduit au milieu de tout cela avec une sérénité déconcertante.
Très vite, j’ai envie de lui demander de s’arrêter tous les cinq kilomètres. Il sourit. Je crois qu’il comprend déjà que les étapes ne vont pas suffire à cette drôle de passagère qui regarde constamment par la fenêtre.

Puis arrive mon premier chai, dans une échoppe de bord de route.
Une casserole noircie, du lait, des épices, beaucoup de sucre et ce thé versé brûlant dans de petites tasses en terre cuite traditionnelles, les kulhar.
Sans anse ni vernis l’argile reste brute et poreuse.
La terre cuite non émaillée absorbe un peu de liquide et donne au chaï un parfum de terre très apprécié, appelé sondhi khushboo.
Elles sont jetables et biodégradables. Une fois le thé fini, on la jette au sol où elle se brise et retourne à la terre.
Je ne sais pas encore que ces pauses deviendront l’un des fils rouges de tous nos voyages.
Non seulement pour boire un chai, mais pour nous arrêter, regarder, écouter et laisser l’Inde venir à nous.
Nawalgarh et Bikaner — Mes yeux veulent encore tout voir
Nawalgarh m’offre mes premières havelis, leurs façades peintes, leurs portes anciennes, leurs fresques parfois surprenantes où les grandes épopées hindoues côtoient trains et inventions occidentales.
Je découvre qu’au Rajasthan, il suffit parfois de pousser une porte pour trouver un trésor.
À Bikaner, le rythme s’accélère de nouveau. La ville est bruyante, vivante, les marchés débordent de légumes, d’épices, d’étoffes et de visages que j’ai envie de photographier.
Au fort de Junagarh, je photographie tout.
Lorsque je regarde aujourd’hui ces images, je vois surtout la photographe que j’étais alors : enthousiaste, mais encore hésitante.
Je voulais tout faire entrer dans le cadre.
Je ne savais pas encore vraiment attendre une lumière, éliminer ce qui était inutile ou choisir plutôt qu’accumuler.
Je reviendrai ici. Plusieurs fois. Le fort changera peu.
Mon regard, lui, changera énormément.
Et puis il y a le petit temple jaïn de Bhandasar.
Son gardien est là. Je le photographie sans imaginer une seconde l’importance que prendra cette image des années plus tard.
Un jour, je reviendrai.
Lui ne sera plus là.
Son fils aura pris sa place.
Mais en 2014, je ne sais rien de tout cela.
Je prends simplement une photographie.
Khuri — Le désert et les premières rencontres
Aux portes du Thar, Khuri m’offre une Inde différente.
Notre camp est presque intégré au village. Les enfants viennent vers nous en riant et se prêtent spontanément aux photographies.
Une vieille dame accompagnée de son petit-fils accepte que je fasse son portrait.
Son visage, son regard, sa douceur : aujourd’hui encore, cette photographie compte parmi celles auxquelles je suis le plus attachée.
Puis vient ma première balade à dos de dromadaire.
Elle commence assez mal.
L’animal se relève, je découvre cette sensation très particulière d’être projetée plusieurs mètres au-dessus du sol… et je fais assez rapidement connaissance avec le sable.
Ma chute amuse manifestement davantage les autres que moi.
Heureusement, le Thar se charge ensuite de me réconcilier avec l’expérience. Le sable devient doré, ocre puis presque cuivre lorsque le soleil descend.
Le silence s’installe.
Le soir, Pal prépare lui-même notre dîner près du feu, avec le sérieux d’un grand chef.
Les musiciens arrivent, les danseuses aussi, et Thierry finit entraîné dans la danse sous les étoiles.
Ce soir-là, quelque chose se passe. Nous ne sommes plus seulement en train de regarder l’Inde.
Pour la première fois, elle nous invite à entrer un peu dans son monde.
On the road — Une poignée de crayons
Sur la route de Jaisalmer, l’Inde me montre aussi ce que je ne suis pas préparée à voir.
Sur le bas-côté repose une vache morte dont un chien se nourrit. La scène me heurte.
Ici, la vie et la mort ne sont pas toujours dissimulées.
Je comprends que ce pays ne va pas seulement me montrer ce que j’ai envie de photographier.
Quelques kilomètres plus loin, tout bascule à nouveau.
Deux jeunes garçons gardent des paons.
J’avais glissé quelques crayons de couleur dans ma valise avant de partir, sans savoir à qui je les donnerais.
Je les leur tends.
Le bonheur qui apparaît sur leurs visages me bouleverse.
Quelques crayons.
Presque rien pour moi.
Un trésor entre leurs mains.
Je commence à comprendre que certaines des images les plus importantes de ce voyage ne seront peut-être pas celles des palais.
Jaisalmer — Une porte pour rendez-vous
Puis Jaisalmer apparaît au loin, dorée, presque irréelle.
Je tombe immédiatement sous le charme de ses ruelles de grès, des havelis sculptées comme de la dentelle, des marchands, des femmes en saris et du lac Gadisar où un vieux musicien joue tranquillement au bord de l’eau.
Une petite funambule traverse son fil au milieu de cette vie qui continue autour d’elle.
Et puis je photographie une porte.
Une vieille porte en bois, usée, marquée par le temps. Elle n’a rien de spectaculaire. Pourtant, quelque chose m’arrête devant elle.
Je ne peux évidemment pas savoir qu’elle deviendra l’un de mes rendez-vous avec Jaisalmer et que je la chercherai lors de mes futurs passages pour voir ce que les années lui auront fait. 5 ans séparent ces 2 photos.
Jaisalmer m’apprend aussi autre chose : une journée ne suffit pas pour connaître une ville indienne.
Lors de nos prochains voyages, nous ralentirons.
Nous resterons davantage. Nous apprendrons progressivement à moins visiter et à mieux regarder.
Jodhpur — Quand les rencontres prennent le dessus
Jodhpur apparaît sous l’immense forteresse de Mehrangarh, posée au-dessus d’un océan de maisons bleues.
Autour de Clock Tower, je pourrais rester des heures.
Les tissus sont déroulés jusque sur le sol, les épices côtoient les fruits, les vendeurs interpellent les passants.
Une marchande m’invite à essayer un sari.
Quelques mètres de tissu plus tard, me voilà enveloppée sous le regard et les rires des femmes qui m’entourent.
Je ne sais pas si le sari me va particulièrement bien, mais je sais déjà que je me souviendrai de leurs rires.
Plus tard, une petite fille ramassant des bouteilles en plastique attire mon regard.
Son sac paraît presque plus grand qu’elle. Je lui achète quelque chose à manger.
Son sourire restera bien davantage dans ma mémoire que certaines salles somptueuses visitées ce jour-là.
C’est peut-être ici que quelque chose commence réellement à changer : les monuments m’émerveillent encore, mais les gens commencent doucement à prendre toute la place.
Ranakpur et les Bishnoïs — L’Inde que je n’avais pas cherchée
Ranakpur est un éblouissement de marbre.
Ses 1 444 colonnes, toutes différentes, ses sculptures et cette lumière douce donnent au temple une sérénité que je ressens bien avant de connaître quoi que ce soit au jaïnisme.
Mais une fois encore, le souvenir le plus vivant naît ailleurs.
Pal nous emmène déjeuner chez son oncle.
Rien de prestigieux : quelques tables, une cuisine familiale et le sentiment très agréable de ne plus être reçus comme des touristes mais comme des invités.
Puis viennent les Bishnoïs.
Le peuple bishnoï est une communauté indienne du désert du Rajasthan reconnue comme les premiers écologistes de l’histoire, vouant un culte absolu à la protection de la nature.
Guidés par un respect sacré de la vie, ils n’hésitent pas à risquer leur propre existence pour préserver les arbres et nourrir les animaux sauvages comme les antilopes.
Je regarde trois femmes trier patiemment des céréales dans une cour. Leurs voiles éclatants, leurs lourds bijoux d’argent, les anneaux autour de leurs chevilles…
Je photographie leurs gestes autant que leurs visages.
Nous découvrons la cérémonie traditionnelle de l’opium, puis je décide naïvement d’essayer leur grande meule de pierre.
Elle ne veut pratiquement pas bouger.
Je m’acharne.
Les femmes éclatent de rire.
Moi aussi.
Nous ne parlons pas la même langue et cela n’a soudain plus aucune importance.
Je ne le formule probablement pas encore ainsi en 2014, mais ces instants sont en train de définir ce que je rechercherai de plus en plus au cours de mes voyages : non pas seulement voir, mais rencontrer.
Udaipur — Une journée pour tomber sous le charme
Udaipur ne dispose que d’une journée pour me convaincre.
Elle y parvient.
Avant même de commencer la visite, un immense Grand Danois bringé vient se coucher devant moi pour réclamer des caresses.
Ayant grandi entourée de ces géants, j’y vois immédiatement un petit morceau de chez moi arrivé là par hasard.
Puis vient le lac Pichola.
Le City Palace, les ghats, les femmes qui lavent leur linge, les pigeons qui s’envolent par centaines, les palais qui semblent flotter sur l’eau…
Le soir, je sais déjà qu’une journée était beaucoup trop courte.
Je reviendrai à Udaipur.
Et, voyage après voyage, elle finira par devenir ma ville préférée du Rajasthan.
Pushkar — La photographie jusqu’à l’excès
Puis arrive Pushkar.
Sa spiritualité autour du lac sacré suffirait déjà à la rendre particulière. Mais nous sommes là pendant la Camel Fair.
Et pour moi qui aime les animaux et la photographie, c’est une folie.
Des milliers de chameaux, des chevaux marwaris aux oreilles recourbées, des éleveurs, des familles installées sous les tentes, des turbans rouges, orange, jaunes, des moustaches improbables, de la poussière partout…
Je ne sais plus où regarder.
Alors je photographie.
Encore.
Et encore.
Tellement que j’en oublie la chaleur et le soleil jusqu’à frôler l’insolation.
Quelques bouteilles d’eau et un long passage à l’ombre me remettent sur pied.
Quelques heures plus tard, évidemment, je repars photographier.
Je découvre aussi que cette immense foire n’existe pas pour nous.
Elle appartient d’abord aux éleveurs du Rajasthan.
Nous ne sommes que les témoins privilégiés d’un monde qui continue à vivre avec ou sans nos appareils photo.
À cinq heures du matin, lorsque nous quittons Pushkar, les caravanes ont déjà commencé à reprendre la route.
Dans la pénombre, des centaines de silhouettes s’éloignent lentement dans la poussière.
Je regarde longtemps derrière nous.
Je sais que je reviendrai.
Jaipur — La découverte de la Ville Rose
Après Pushkar, Jaipur me paraît immense.
Le changement d’atmosphère est immédiat. Nous retrouvons de grandes avenues, une circulation dense, davantage de bruit, de mouvement, de couleurs.
Après l’intimité de Pushkar, Jaipur donne l’impression d’une capitale qui ne ralentit jamais vraiment.
Je découvre enfin le Hawa Mahal, le Palais des Vents, cette façade que j’avais vue tant de fois dans les livres.
Le voir réellement devant moi provoque une émotion particulière. Ses centaines de petites ouvertures, sa couleur rose, sa finesse presque irréelle contrastent avec l’agitation de la rue qui passe juste devant lui.
Nous poursuivons ensuite vers le fort d’Amber, accroché à flanc de colline. Ses cours, ses palais, ses galeries, les éléphants faisant des aller et retours pour les touristes et les remparts qui serpentent sur les crêtes m’offrent une autre image du Rajasthan, plus imposante, plus majestueuse.
À l’heure du déjeuner, Pal nous emmène au Shri Balaji Veg Restaurant, où je découvre mon premier véritable thali.
Devant cette multitude de petits plats servis autour d’un grand plateau métallique, je ne sais d’abord pas vraiment par où commencer.
Très vite, je comprends que le repas ressemble assez bien au pays que je suis en train de découvrir : généreux, coloré, multiple, parfois déroutant, mais impossible à oublier.
Jaipur passe trop vite. Je n’en découvre alors qu’une petite partie, mais suffisamment pour comprendre qu’elle mérite bien davantage qu’un simple passage.
Et surtout, elle va m’offrir l’un des plus beaux souvenirs de ce premier voyage.
Elefantastic — Face aux géantes
J’ai toujours eu une passion particulière pour les gros animaux.
Alors passer autant de temps si près d’un éléphant, pouvoir le toucher, observer sa peau, son regard, sa trompe qui vient chercher la nourriture et sentir toute la puissance de cet animal dans une proximité presque irréelle… pour moi, c’est un bonheur absolu.
À cette époque, l’expérience proposée à Elefantastic repose déjà sur de longs moments passés avec les éléphants : les nourrir, apprendre à les approcher, les toucher et les décorer avec des pigments naturels selon une tradition locale.
Des récits de visiteurs datant de cette période décrivent précisément cette manière de créer d’abord un contact avec l’animal avant de participer à sa décoration.
Nous passons ainsi une bonne partie de la journée avec notre éléphante. Je crois que je pourrais rester des heures simplement à côté d’elle.
Il y a bien sûr les photos, les couleurs, les dessins tracés sur sa peau — jusqu’à nos initiales et l’année 2014 — mais ce que je garde surtout, c’est cette sensation d’être minuscule à côté d’elle et pourtant incroyablement proche.
Avec ma passion pour ces géants, je suis au paradis.
Cette journée laissera une trace bien plus profonde que je ne l’imagine encore. Certains endroits ne deviennent pas importants parce qu’on les visite souvent. Ils le deviennent parce qu’une seule journée a suffi à les inscrire dans notre histoire.
Aujourd’hui, Elefantastic se présente comme un sanctuaire privé à Jaipur consacré aux éléphants et met l’accent sur les interactions de proximité, le nourrissage et les promenades à leurs côtés plutôt que sur la monte.
Jaipur passe beaucoup trop vite.
Elle aussi aura droit à d’autres chapitres.
Fatehpur Sikri — Le rouge avant le blanc
Avant Agra, Pal nous conduit à Fatehpur Sikri, ce fût une surprise et une magnifique découverte.
Je ne connaissais pas son nom ni même ce lieu.
Pourtant, cette ancienne cité moghole mérite largement que l’on s’y arrête. Construite sur un relief rocheux et organisée en vastes ensembles de palais, de cours et d’édifices religieux, elle fut conçue comme une véritable ville impériale.
Aujourd’hui encore, son grès rouge lui donne une unité et une force étonnantes. L’Archaeological Survey of India la décrit comme la première grande ville planifiée des Moghols, organisée autour notamment du Diwan-i-Khas, du Panch Mahal, de la grande mosquée et du tombeau du saint soufi Sheikh Salim Chishti.
Je suis surtout impressionnée par la Jama Masjid.
Après les palais, franchir l’immense ensemble religieux donne l’impression de changer complètement d’atmosphère. La cour s’ouvre largement sous le ciel et, au milieu de cette architecture de grès rouge, le tombeau de Sheikh Salim Chishti tranche par sa blancheur. La mosquée date du XVIe siècle et fait partie du complexe religieux voulu sous Akbar.
Puis il y a la Buland Darwaza, cette porte monumentale qui semble dominer tout ce qui l’entoure.
L’échelle du lieu est telle que les visiteurs paraissent minuscules au pied de ses marches.
Je photographie beaucoup, bien sûr. Mais ce que j’aime déjà ici, ce sont aussi ces silhouettes humaines qui donnent une mesure aux monuments : les femmes dont les saris traversent le rouge de la pierre, les familles, les fidèles, ceux qui s’assoient quelques minutes dans la cour.
Fatehpur Sikri est notre dernière grande rencontre avec le grès rouge avant Agra.
Et peut-être est-ce justement pour cela que l’apparition du Taj Mahal, quelques heures plus tard, me semblera encore plus blanche.
Agra — Le Taj Mahal ne sera jamais seulement un monument
Et puis vient Agra.
La première fois que le Taj Mahal apparaît devant moi, je reste sans voix.
Je croyais le connaître tant je l’avais vu en photo.
Je découvre qu’aucune image ne prépare vraiment à sa présence.
Mais le lendemain matin, avant l’aube, tout change.
Nous pénétrons à nouveau dans l’enceinte. L’air est frais, les allées encore presque silencieuses et le marbre commence doucement à prendre la lumière.
Thierry s’arrête.
Il me prend la main et sort une petite bague ornée d’une pierre violette.
Et là, devant le Taj Mahal au lever du soleil, il me demande de devenir sa femme.
Je pleure.
Bien sûr que je pleure.
La bague est toute simple. Sa valeur n’a aucune importance.
À partir de cet instant, le Taj Mahal cesse définitivement d’être pour moi l’un des plus beaux monuments du monde.
Il devient notre Taj Mahal.
Nous y reviendrons.
Je le photographierai sous d’autres lumières, depuis d’autres endroits, parfois en cherchant pendant des heures une image particulière.
Mais derrière chacune d’elles, il y aura toujours ce matin d’octobre 2014, cette petite pierre violette et cette promesse.
Épilogue — Je croyais rentrer d’un voyage
Quinze jours plus tôt, l’Inde m’était totalement inconnue.
Sur la route qui nous ramène vers Delhi, je regarde une dernière fois défiler les villages, les marchés, les femmes en saris, les enfants qui nous saluent, les vaches au milieu des routes.
Je repense aux chai, au désert, aux rires des femmes bishnoïes, à la vieille dame de Khuri, aux garçons et leurs crayons, au musicien de Jaisalmer, à cette porte que je ne sais pas encore que je rechercherai, à la petite fille de Jodhpur, aux chameaux de Pushkar.
Et au Taj Mahal.
Puis Pal nous dépose devant le terminal.
Nous le remercions pour sa patience et sa gentillesse. Nous lui disons au revoir simplement.
À cet instant, je suis persuadée que nous ne nous reverrons probablement jamais.
Je ne sais pas encore que cet homme que nous quittons devant un aéroport accompagnera une grande partie de notre histoire indienne.
Je ne sais pas davantage que je retrouverai certains visages, certaines portes, certaines villes ; que je mesurerai les années à travers mes photographies ; que ma manière de voyager changera et que mon regard deviendra plus exigeant.
Je ne sais même pas encore que l’Inde va me manquer.
Dans l’avion, je ferme les yeux.
Je croyais rentrer d’un voyage.
Je venais simplement d’ouvrir le premier chapitre d’une histoire qui allait durer bien plus longtemps que prévu.






























































































































































