Namibie et Botswana 2026, ma leçon de vie #Chapitre 2

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« Il existe des endroits sur Terre qui ne ressemblent à aucun autre.
Des terres qui vous marquent une première fois… puis vous rappellent à elles avec une force presque inexplicable. »

Jour 11 – lundi 4 mai — Les batteries de l’Afrique

Ce matin, le soleil est déjà haut lorsque je décide de partir explorer la petite boutique située à l’entrée du camp.
Le mot « boutique » est d’ailleurs un peu ambitieux.
En cherchant bien, je n’y trouve finalement pas grand-chose.
Mais cela m’offre une petite promenade et surtout une nouvelle rencontre.
Un employé du camp, voyant la chaleur écrasante qui tombe déjà sur Savuti, me propose gentiment de me reconduire jusqu’à notre emplacement.
Le trajet n’est pas très long, mais sous ce soleil impitoyable, chaque mètre compte.

La batterie de notre véhicule n’est toujours pas arrivée.
Nous patientons à l’ombre, sans autre choix que d’attendre.

Il est 11 heures et le temps semble s’étirer doucement.
Dans cette Afrique sauvage, on finit par comprendre que certaines choses échappent totalement à notre volonté.

La nature décide.
Elle nous prive parfois de certaines pistes à cause des pluies abondantes.
Les mares et les zones inondées nous empêchent de découvrir certains endroits prévus au programme.
Pourtant, en échange, elle nous offre tant de beauté que toute frustration finit par disparaître.

Assise sous les arbres, je contemple simplement ce qui m’entoure.
Je mesure l’incroyable chance que j’ai de vivre une telle aventure.
Ce voyage m’apporte quelque chose de précieux, bien au-delà des animaux et des paysages : une paix intérieure que je retrouve rarement ailleurs.

Vers 15 heures enfin, la nouvelle batterie arrive.
Le véhicule retrouve sa liberté.
Nous aussi.

Entre-temps, nous avons changé d’emplacement dans le camp.
Cette nouvelle parcelle me plaît un peu moins.
Les arbres y sont rares et l’ombre quasiment inexistante.
Avec trois nuits à passer ici, je sais déjà que la chaleur sera plus difficile à supporter.

Pour être honnête, ma propre batterie est presque à plat aujourd’hui.
La fatigue accumulée des pistes, des réveils matinaux et des émotions commence à se faire sentir.
J’ai besoin de me ressourcer.
Peut-être pendant le prochain safari.
Peut-être cette nuit sous les étoiles.

Heureusement, la journée nous réserve encore quelques belles surprises.

Nous observons plusieurs magnifiques oiseaux appelés ground hornbills, de grands calaos terrestres au bec rouge impressionnant et aux yeux d’un vert fascinant.

L’un d’eux capture une grenouille sous nos yeux.
Leur démarche est lente, presque préhistorique.
Ils fouillent le sol sans relâche à la recherche d’insectes, de petits reptiles ou de tout ce qui pourrait constituer leur repas.
Ils ne semblent pas particulièrement effrayés par notre présence et nous offrent de belles observations.
Puis vient le grand cadeau du soir.

Alors que le soleil commence à descendre, la lumière devient plus douce, plus chaude, plus dorée.
Et soudain, au détour d’une piste, nous tombons sur une famille de lions.
Deux magnifiques lionnes.
Et au moins six lionceaux.
Le spectacle est extraordinaire.
Les lionnes sont attentives.
Elles observent les alentours.
La chasse approche probablement.
Les petits jouent, se poursuivent, se bousculent avec l’insouciance de l’enfance.

Nous réalisons immédiatement que nous vivons un moment rare.
Les appareils photo crépitent.
Les regards s’illuminent.
Même Kabo semble savourer l’instant.
Une fois encore, il nous a conduits au bon endroit, au bon moment.
Je crois qu’aucun de nous n’oubliera cette scène.

Lorsque nous sommes rentrés au camp, la nuit tombait doucement sur Savuti.
Nous préparons notre dîner tandis que les premiers sons nocturnes commencent à résonner dans la brousse.
Je m’installe ensuite pour trier mes photographies.

Et c’est alors qu’une visiteuse inattendue décide de me tenir compagnie.
Une mante religieuse.
Délicate.
Élégante.
D’un superbe doré.
Elle grimpe tranquillement sur ma main comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Je l’observe longuement.
Dans quelques heures, elle retournera à sa vie secrète dans les herbes du Botswana.
Et moi à la mienne, sous ma tente.
Elle ira se coucher en même temps que moi.
Mais certainement pas avec moi.

Une fois encore, le Botswana aura rempli cette journée de petites merveilles auxquelles je n’aurais jamais pensé en me réveillant ce matin.

Jour 12 – mardi 5 mai 2026 — L’amour dans la savane

La journée commence infiniment mieux que la précédente.
À 5h45, le camp s’éveille doucement.
À 6h30, nous sommes déjà sur les pistes.
Pour la première fois depuis notre arrivée au Botswana, quelques nuages voilent légèrement le ciel.
Rien de menaçant, bien au contraire.
Ils ajoutent une douceur nouvelle aux couleurs de l’aube.
Le ciel s’embrase de roses, d’oranges et de violets tandis que quelques nuages bleutés flottent paresseusement au-dessus de la savane encore endormie.

Le Botswana est magnifique à cette heure-là.
Le silence règne encore et tout semble possible.
Une longue journée nous attend.

Vers 7h15, la magie opère déjà.
Nous tombons sur un couple de lions.
Un magnifique mâle et sa compagne.
Nous nous arrêtons à bonne distance et observons.
Très vite, nous comprenons notre chance.
Le couple est en période d’accouplement.
Les autres véhicules présents depuis plus longtemps ont fini par partir, pensant sans doute que rien ne se passerait.
Nous restons.

Et soudain, sous nos yeux, les deux lions s’accouplent.
Puis une seconde fois.
Le spectacle est fascinant.
Brutal et tendre à la fois.
La puissance sauvage du mâle contraste avec les moments de calme qui suivent immédiatement.
Quelques instants plus tard, ils se frottent l’un contre l’autre, se regardent, se reposent ensemble.
La violence de la nature laisse place à une forme de douceur inattendue.

Nous sommes seuls.
Seuls au milieu de cette immensité africaine, témoins d’un moment intime que peu de visiteurs ont la chance d’observer.
Les appareils photo travaillent sans relâche, mais aucun cliché ne pourra vraiment retranscrire l’émotion ressentie.

Plus tard dans la matinée, une autre rencontre exceptionnelle nous attend.
Une femelle guépard accompagnée de ses deux petits.

Depuis plusieurs jours, je me réjouis à chaque apparition de ces félins élégants.
Aujourd’hui, nous avons la chance de les observer longuement.
La mère est en chasse. Son regard scrute les alentours. Son corps semble prêt à exploser dans une accélération fulgurante.

Elle tente une première approche.
Puis une seconde.
Mais plusieurs véhicules sont présents et je pense qu’elle est perturbée par cette agitation inhabituelle.
Devant elle se trouve un groupe d’impalas.
Parmi eux, un grand mâle surveille chacun de ses mouvements.

J’aime imaginer leur échange silencieux.
L’impala semble lui dire :
« Ne t’approche pas davantage. Ma famille est sous ma protection. »
Et le regard de la guéparde paraît répondre :
« J’ai compris. Ce ne sera pas pour aujourd’hui. »
Finalement, elle abandonne la poursuite et rejoint ses petits.

La scène est magnifique. Une leçon de patience supplémentaire offerte par la nature.

Au fil des jours, je comprends que le Botswana ne donne jamais exactement ce que l’on attend.
Il offre souvent mieux.
Parfois ce n’est pas la chasse qui est intéressante, mais ce qui se passe avant. L’observation, l’attente, les comportements, les regards.Grâce à Kabo, nous apprenons à voir au-delà des simples animaux.
Nous apprenons à lire leurs histoires.

La soirée se déroule ensuite comme tant d’autres depuis notre arrivée dans la brousse.
Calme.
Paisible.
Presque hors du temps.
Le soleil descend lentement derrière les hautes herbes de Savuti.
Les sons de la savane reprennent possession de l’espace.
Au loin, quelques cris résonnent dans la lumière déclinante.
Peut-être un lion.
Peut-être une hyène.
Peu importe finalement.

Le Botswana continue de m’offrir ce qu’il a de plus précieux : du temps, du silence et une paix intérieure que je n’avais pas trouvée depuis longtemps.
Et ce soir encore, sous les étoiles africaines, je me couche avec le sentiment d’avoir encore vécu une journée unique.

Jour 13 – mercredi 6 mai 2026 — La lumière dorée de Savuti

Comme la veille, nous quittons le camp à 6h30.
L’air est frais et agréable.
Le soleil commence tout juste à apparaître à l’horizon lorsqu’une longue bande de nuages semble vouloir le dissimuler.
Les couleurs sont douces, presque pastel, et la savane s’éveille lentement autour de nous.

Pendant près de deux heures, nous sillonnons les pistes sans véritable rencontre marquante.
Quelques paysages magnifiques retiennent malgré tout notre attention. Dans cette lumière du matin, même les plaines les plus vides semblent raconter une histoire.
Au Botswana, on finit par comprendre qu’il n’y a jamais réellement de moment perdu.

Puis un guide croisé sur la piste nous informe de la présence d’hyènes et de leurs petits.
Nous changeons aussitôt de direction.
La récompense est au rendez-vous.

À flanc de colline, bien à l’abri dans leur tanière, quatre jeunes hyènes apparaissent enfin.
Elles doivent avoir environ un an.
Curieuses mais prudentes, elles observent le monde extérieur depuis leur refuge. Un peu plus haut, sur le plateau baigné de soleil, une femelle se repose auprès d’un tout petit âgé de quelques semaines seulement.
Le spectacle est attendrissant.

Kabo nous explique que les terriers des hyènes sont souvent constitués de véritables galeries souterraines.
Les petits y sont protégés de la chaleur, mais aussi de nombreux prédateurs. En observant cette organisation familiale si discrète et pourtant si efficace, je comprends mieux pourquoi ces animaux parviennent à prospérer malgré la dureté de la vie sauvage.
La journée commence bien.
Nous rentrons au camp vers 10 heures pour profiter d’un peu de repos, d’un peu d’internet lorsque le réseau le permet, et surtout pour régler un problème devenu presque critique : le café.

Après plusieurs jours dans la brousse, notre réserve est épuisée.
À ma grande joie, je finis par trouver quelques dosettes.
Une victoire qui peut sembler dérisoire, mais qui, au milieu de Savuti, ressemble à un véritable trésor.

L’après-midi, nous repartons vers 15 heures.
Grâce aux indications d’un ranger, nous retrouvons la famille de guépards aperçue la veille. La mère et ses deux jeunes sont toujours présents.
Cette fois, la chasse a été fructueuse.

L’impala capturé la veille est presque entièrement consommé. Il ne reste que quelques traces du repas.
Nous passons un long moment à observer les guépards.
J’en profite pour réaliser de nombreuses vidéos et quelques photographies dont je suis particulièrement fière.
Chaque fois que je les vois, je suis frappée par leur élégance. Ils semblent plus fragiles que les lions, plus délicats aussi, mais parfaitement adaptés à cet immense territoire où tout se joue dans la vitesse et la discrétion.

Nous poursuivons ensuite notre route vers la grande dune de sable blanc, la célèbre White Sand Ridge.
Le paysage est spectaculaire. Le sable, d’une blancheur étonnante, contraste avec le vert de la végétation et le bleu du ciel africain.

Nous y faisons quelques photographies souvenirs avec les tee-shirts de Lionel, notre organisateur de voyage.
Je pense souvent à lui depuis notre arrivée. Son professionnalisme, sa disponibilité et sa parfaite connaissance du terrain nous permettent de vivre cette aventure dans les meilleures conditions possibles.
Sans lui, beaucoup de ces moments n’auraient probablement jamais existé.

La fin d’après-midi devient peu à peu magique. La lumière dorée envahit la savane.
Chaque arbre semble illuminé de l’intérieur. Les herbes hautes prennent des teintes de cuivre et d’or.
Même les animaux les plus ordinaires paraissent soudain extraordinaires.
À cette heure-là, le Botswana possède une beauté presque irréelle.

Nous avançons lentement vers le camp, sans nous presser. Chaque kilomètre nous rapproche de notre dernière nuit à Savuti.
Je savoure ces derniers instants avec une émotion discrète.

Demain, nous partirons tôt pour rejoindre Kasane. Une nouvelle étape nous attend.
Pourtant, ce soir, j’aimerais presque arrêter le temps.
Car au milieu de cette lumière dorée, entre les pistes de sable et les hautes herbes balayées par le vent, je mesure à quel point ces journées passées avec Kabo, au cœur de cette nature sauvage, resteront gravées en moi.

Le Botswana ne m’aura peut-être jamais bouleversée comme la Namibie. Mais il m’a offert autre chose.
Des rencontres inattendues.
Des leçons de patience.
Des éclats de rire.
Des instants de solitude heureuse.
Et surtout cette sensation rare d’être exactement à ma place, ici et maintenant, dans l’immensité de l’Afrique.

Jour 14 – jeudi 7 mai — Là où l’eau rejoint le ciel

Voici déjà notre dernier matin dans le parc National de Chobe, Savuti.

À 7h15, nous prenons la route vers Kasane.
La nuit a été la plus froide de tout le voyage.
Le thermomètre devait frôler les 7 ou 8 degrés et, malgré les couvertures, le sommeil s’est fait rare.
Après plusieurs nuits bercées par les bruits de la savane, c’est finalement le froid qui nous aura le plus malmenés.

Mais le soleil est déjà là.
Après le petit-déjeuner, ses premiers rayons commencent à réchauffer doucement nos mains et nos visages.
La piste s’étire devant nous et une nouvelle étape nous attend.
J’ai hâte.
Depuis plusieurs jours, on nous parle de l’eau de Chobe.
Non pas l’eau des pluies qui a parfois compliqué nos déplacements, mais celle des grands espaces bleus, des bras du fleuve, des îlots verdoyants et des paysages presque tropicaux que nous allons enfin découvrir.

Peu après le départ, une petite frayeur nous rappelle que la brousse reste imprévisible.
Alors que nous roulons sur une piste particulièrement cabossée et sableuse, un jeune éléphant surgit
soudainement devant notre véhicule.
Il traverse en courant à quelques mètres seulement de nous.
Quelques secondes plus tôt, quelques mètres plus loin, et je me serais probablement retrouvée nez à nez avec
ses défenses à travers la vitre.
Une fois l’émotion passée, nous éclatons de rire.
Encore une histoire que l’Afrique vient d’ajouter à notre collection de souvenirs.

Vers 9h30, le paysage change brusquement.
Nous découvrons enfin la rivière Chobe.
Le spectacle est grandiose.
Des bras d’eau serpentent entre de petites presqu’îles verdoyantes. Les arbres semblent pousser les pieds dans l’eau.
Certaines avancées de végétation ressemblent presque à des mangroves.
La lumière se reflète partout et donne au paysage des airs de tableau.

Je reste longtemps à contempler cette immensité bleutée.
Après tant de pistes sableuses, tant de plaines et d’herbes hautes, cette présence permanente de l’eau apporte une atmosphère totalement différente.

Il nous reste encore une centaine de kilomètres avant Kasane mais le trajet devient un plaisir.
La piste a laissé place au goudron.
Mon dos apprécie immédiatement ce changement.
De magnifiques acacias parasols bordent maintenant la route. Leurs silhouettes élégantes se détachent dans la lumière du matin.
Nous roulons vers l’est, face au soleil qui continue de nous réchauffer après la fraîcheur de l’aube.

Lorsque nous atteignons enfin les rives du fleuve, Kabo nous conduit à un endroit exceptionnel.
Devant nous, l’eau s’étend à perte de vue.
Pendant quelques instants, j’ai presque l’impression d’être au bord d’une mer paisible.
Une mer africaine entourée d’acacias et peuplée d’animaux sauvages.
Le lieu est magique.

Trois grandes familles d’éléphants apparaissent bientôt sur les berges.
Certaines femelles surveillent leurs petits tandis que d’autres avancent lentement vers l’eau.
Nous espérons encore voir arriver quelques girafes venues se désaltérer.

Nous restons là à observer.
Simplement heureux d’être présents.

Après notre dernière matinée dans le Chobe, après les familles d’éléphants, nous reprenons tranquillement la route vers Kasane.
Pour la première fois depuis plusieurs jours, nous quittons les pistes sablonneuses, les campements sauvages et les nuits passées à écouter les lions dans l’obscurité.

Une autre parenthèse nous attend.
Plus douce.
Plus confortable.
Mais tout aussi belle.
Kasane apparaît au bord du fleuve Chobe comme une oasis verte après les longues pistes poussiéreuses du parc.

Notre refuge pour les deux prochaines nuits sera le Chobe River Lodge.
À peine franchi le portail, je sens déjà mes épaules se détendre.
Le jardin est d’un vert éclatant, entretenu avec amour par un employé du lodge qui semble consacrer une partie de sa vie à faire de cet endroit un petit paradis.
Les pelouses descendent doucement vers le fleuve. Des oiseaux colorés virevoltent entre les arbres tandis que quelques phacochères se promènent paisiblement comme s’ils faisaient partie de la vie de la ville.

Notre chambre possède une terrasse privée donnant directement au bord de la piscine.
Je reste quelques instants immobile.
Devant moi, le fleuve s’étire lentement sous le soleil de cette fin de matinée.

Le Botswana semble avoir décidé de nous offrir une respiration avant la fin du voyage.

Pour le déjeuner Kabo vient nous chercher pour le déjeuner au restaurant Di Kubu. Le lieu est magnifique.
Original.
Élégant sans être prétentieux.
La décoration mêle bois, métal, lumières tamisées et inspirations africaines dans une harmonie inattendue.
Chaque détail semble avoir été pensé avec goût.
On s’y sent immédiatement bien.
Le repas est excellent. Mais plus encore que les assiettes, je savoure ce moment de détente après tant de jours passés sur les pistes.
Nous rions.
Nous échangeons nos souvenirs des derniers jours. Kabo nous raconte encore quelques anecdotes sur son pays, ses animaux, sa vie.
Et je réalise que notre aventure commune touche doucement à sa fin.

Puis vient l’un des plus beaux moments de la journée.
Kabo nous emmène sur un petit bateau pour une croisière sur le Chobe.
Le moteur ronronne doucement tandis que nous quittons la rive.
Très vite, le monde semble ralentir.
Les crocodiles se chauffent sur les berges.
Les hippopotames apparaissent partout.
Par dizaines.
Leurs grognements résonnent sur l’eau calme. Autour de nous, des milliers de libellules virevoltent dans la lumière dorée du soir.
Leurs ailes scintillent comme de minuscules éclats de verre. Je ne sais plus où regarder.
Chaque rive.
Chaque reflet.
Chaque oiseau.
Chaque animal semble participer à ce spectacle.

Puis le soleil commence sa lente descente. L’Afrique possède un talent particulier pour les couchers de soleil.
Ici, ils ne se contentent pas d’être beaux.
Ils racontent quelque chose.
Le ciel devient orange.
Puis rouge.
Puis rose.

Le fleuve reflète chaque nuance comme un immense miroir liquide.
Nous restons silencieux. Simplement heureux d’être là.
À cet instant précis.
Au milieu de cette beauté.

Lorsque nous regagnons le lodge, la nuit est tombée. Les lumières se reflètent dans l’eau noire du fleuve.
Je m’endors avec le sentiment d’avoir vécu l’une de ces journées que l’on garde précieusement toute sa vie.

Et tandis que je contemple ce paysage, une réflexion s’impose à moi.
Ce voyage n’aura jamais provoqué en moi les mêmes émotions que la Namibie.

La Namibie demeure ce pays capable de bouleverser mon cœur, de me serrer la gorge lorsque je la quitte.
Ses déserts, ses immensités, ses lumières me touchent d’une manière presque viscérale.

Le Botswana a été différent.
Moins émotionnel.
Mais incroyablement enrichissant.

Grâce à Kabo, nous avons appris à lire les traces, comprendre les comportements, observer les interactions entre les animaux et découvrir les équilibres fragiles qui gouvernent la vie sauvage.
Nous repartons avec bien plus que des photographies.
Nous repartons avec un nouveau regard.
Un nouveau savoir.
Une compréhension plus profonde de cette nature africaine que nous aimons tant.
Et cela a aussi une immense valeur.

L’émotion pure, celle qui serre le cœur, nous la retrouverons bientôt en Namibie.Sûrement à Okonjima, mon endroit préféré.
Celui où les léopards se déplacent comme des fantômes dans le bush et où chaque départ me laisse toujours un petit vide dans l’âme.

Mais aujourd’hui, au bord du Chobe, je remercie simplement le Botswana.
Pour ses leçons.
Pour sa patience.
Pour ses animaux.
Pour ses silences.
Et pour cette merveilleuse aventure qui touche doucement à sa fin.

Jour 15 – vendredi 8 mai – Une journée suspendue

Pour la première fois depuis longtemps, aucune piste ne nous attend au lever du jour.
Aucun départ avant l’aube.
Aucune recherche de lion ou de léopard.
Juste le luxe rare de prendre son temps.
Je savoure ce matin paisible sur notre terrasse.
Le fleuve s’écoule lentement devant nous. Quelques oiseaux traversent le ciel.
Tout semble calme.
Presque immobile.

Nous consacrons une partie de la matinée à quelques achats souvenirs.
Les derniers cadeaux.Les derniers petits objets qui permettront de prolonger le voyage une fois rentrés en France.
Kasane est une ville tranquille.
Une ville de passage pour les voyageurs attirés par Chobe, la Namibie, le Zimbabwe ou la Zambie toute proche.

Mais elle possède cette douceur particulière des villes africaines qui vivent au rythme du soleil.
Nous retrouvons ensuite notre restaurant favori de la veille.
L’accueil est toujours aussi chaleureux.
Le repas toujours aussi agréable.
Les conversations toujours aussi détendues.

Puis nous revenons au lodge.
Simplement pour profiter.
Pour ne rien faire.
Ou plutôt pour faire ce que nous faisons trop rarement dans nos vies : nous arrêter.
Je m’installe face au fleuve.
J’observe les oiseaux.
Les arbres.
Les reflets.

Je repense aux jours passés.
Aux lions de Savuti.
Aux éléphants de Chobe.
Aux nuits sous la tente.
Aux rires partagés avec Kabo.
Je réalise à quel point ce voyage m’a appris.
Sur les animaux.
Sur la nature.
Sur l’Afrique.
Mais aussi sur moi-même.

Le Botswana ne m’a peut-être jamais bouleversée comme la Namibie sait le faire.
Je n’y retrouve pas cette émotion presque viscérale qui serre ma poitrine lorsque j’aperçois les grands espaces namibiens.

Mais il m’a offert autre chose. Une compréhension plus profonde du monde sauvage. Une leçon de patience.
D’observation. D’humilité.
Et surtout la rencontre avec Kabo.
L’un de ces rares hommes qui marquent un voyage bien au-delà des paysages traversés.

En fin d’après-midi, le soleil descend une nouvelle fois sur le fleuve.
Demain, nous quitterons le Botswana.Mon cœur ne se serre pas encore. Car je sais qu’une autre émotion m’attend. Là-bas. De l’autre côté de la frontière.

Dans cette Namibie qui m’appelle déjà.
Mais aujourd’hui, au bord du Chobe, je remercie simplement le Botswana.
Pour ses leçons.
Pour sa patience.
Pour ses animaux.
Pour ses silences.
Et pour cette merveilleuse aventure qui touche doucement à sa fin.
Nous repartons avec bien plus que des photographies.
Nous repartons avec un nouveau regard.
Un nouveau savoir.
Une compréhension plus profonde de cette nature africaine que nous aimons tant.
Et cela a aussi une immense valeur.

Jour 16 – samedi 9 mai — Le retour au pays du cœur

Depuis près de trois heures, nous roulons vers l’ouest.
Derrière nous, le Botswana s’éloigne peu à peu.
La frontière est désormais franchie et la Namibie nous accueille à nouveau.
Le passage s’est effectué simplement, mais intérieurement quelque chose de plus profond s’est produit.

Nous avons laissé derrière nous les pistes du Savuti, les campements au milieu de nulle part, les nuits peuplées de rugissements, les hippopotames broutant autour des tentes, les couchers de soleil infinis et surtout Kabo.

Son absence se fait déjà sentir dans la voiture.
Pendant près de deux semaines, il nous a accompagnés avec sa bonne humeur, sa patience et son amour immense de la nature.
Grâce à lui, le Botswana nous a ouvert ses portes les plus secrètes.
Nous quittons ce pays plus riches qu’à notre arrivée.
Plus riches de connaissances, de rencontres et de leçons de vie.

Le Botswana ne m’aura peut-être jamais bouleversée comme la Namibie sait le faire, mais il m’a énormément appris.

Sur les animaux.
Sur la nature.
Sur les hommes.
Et sur moi-même aussi.
Pourtant, à mesure que les kilomètres défilent, je sens mon cœur s’alléger.
Je reviens en Namibie.

Cette simple pensée suffit à faire naître une émotion que je reconnais immédiatement.
Certaines personnes tombent amoureuses d’un pays. Je crois que c’est exactement ce qui m’est arrivé ici.
J’espère retrouver au cours de cette dernière semaine les sensations ressenties lors de notre premier voyage.
Ces moments où un paysage vous serre la gorge sans prévenir.
Ces instants où l’on ne sait plus très bien pourquoi l’on est heureux mais où l’on sait simplement qu’on est exactement à sa place.

Vers 10h30, nous pénétrons dans le parc national de Bwabwata.
La végétation est abondante.
Tout est vert.
De grands arbres bordent la route goudronnée qui déroule son ruban impeccable à travers le paysage. Le confort de conduite contraste avec les pistes parfois éprouvantes du Botswana.
Je regarde défiler les paysages avec impatience. Je cherche déjà les émotions enfouies dans mes souvenirs.
Et puis arrive le premier choc de cette nouvelle étape.

Le Shametu River Lodge.
Un immense « waouh » traverse mon esprit dès les premiers instants.
Le lodge est niché au bord du fleuve Okavango, dans un décor qui semble sorti d’un rêve africain. L’eau scintille sous le soleil. Les arbres offrent une ombre bienveillante.
L’ensemble respire le calme et l’harmonie.
Notre chambre est superbe.
Romantique.
Élégante.
Accueillante.

Après les nuits en tente sur le toit de la voiture, ce confort nous paraît presque luxueux.
Au loin, le grondement permanent des rapides nous accompagne.
Ce bruit d’eau rappelle les chutes d’Epupa et renforce encore cette impression de retour à une Afrique différente, plus douce peut-être, mais tout aussi fascinante.
Nous passons une partie de l’après-midi au bord de la piscine. L’eau est glaciale mais peu importe. Nous avons besoin de ralentir.
Besoin de nous poser après les aventures parfois mouvementées du Botswana.

Pour la première fois depuis plusieurs jours, je prends vraiment le temps de relire mes notes, de trier mes souvenirs et de commencer à écrire les récits de ce voyage extraordinaire.
Les images reviennent alors les unes après les autres.
Les lionnes de Savuti.
Les guépards.
Les éléphants traversant les pistes.
Les nuits sous les étoiles.
Les rires avec Kabo.

Toutes ces petites parcelles de bonheur prennent doucement leur place dans ma mémoire.
Le soir venu, une autre surprise nous attend. Le dîner est exceptionnel. Les légumes et les herbes aromatiques proviennent du jardin du lodge.
Après une semaine de repas simples autour du feu de camp, cette cuisine généreuse nous paraît délicieuse.
Nous savourons chaque bouchée.
Chaque saveur.
Chaque instant.
Nous quittons la table repus et heureux.

Puis vient enfin le moment de retrouver notre chambre. La nuit sera paisible. Profonde. Réparatrice. Et tandis que je m’endors au bord de l’Okavango, une certitude m’accompagne.
Le Botswana m’a appris à regarder.
La Namibie, elle, continue de me faire ressentir.
Et je suis infiniment heureuse d’être revenue.

Jour 17 – dimanche 10 mai 2026 — Les promesses de l’Okavango

Enfin un matin où nous pouvons profiter d’un vrai lit après 6 heures.

Le réveil est doux, presque paresseux. Pour la première fois depuis longtemps, aucune tente à replier, aucun campement à démonter, aucun départ précipité à l’aube.
Quelques mètres seulement nous séparent du restaurant où le petit-déjeuner est servi face au fleuve Okavango.
Le Shametu River Lodge est un véritable havre de paix.
Niché sur les rives du fleuve, il semble vivre au rythme tranquille de l’eau. Les jardins sont parfaitement entretenus, les arbres offrent une ombre généreuse et les terrasses dominent les rapides qui grondent en permanence. L’endroit dégage une sérénité difficile à décrire.
Après les aventures du Botswana, il ressemble à une récompense.

Dans la matinée, nous nous rendons au resort voisin avec l’espoir de découvrir les Popa Falls de plus près.
Le nom évoquait pour moi de grandes cascades spectaculaires. La réalité est plus discrète et nous laisse un peu sur notre faim.
Nous retournons donc vers notre lodge sans regret.
La piscine nous tend les bras.
Installée face à l’Okavango, je poursuis l’écriture de mes récits pendant que le fleuve poursuit inlassablement sa route vers le delta.
Mes aventures ne sont pas terminées, mais déjà les souvenirs s’accumulent et j’éprouve le besoin de les coucher sur le papier avant qu’ils ne s’échappent.

Le déjeuner est un bonheur simple. Une grande salade composée avec les légumes du jardin du lodge, des tomates pleines de saveur, des produits frais que nous n’avions plus vraiment rencontrés depuis plusieurs jours.
S’y ajoutent de généreux sandwichs chauds garnis de cheddar fondant, de jambon et de légumes fraîchement cueillis.

Après une semaine de repas de camping, c’est un véritable festin.Nous accompagnons le tout d’une Savanna bien fraîche.
Ce cidre africain n’a rien à voir avec ceux de Normandie, mais sous le soleil namibien il possède lui aussi son charme.

À 14h52, nous quittons le lodge pour un game drive dans le parc national de Bwabwata.
Nous avons la chance d’être seuls avec notre guide.
Rien que nous.
Quelle joie.
Le véhicule s’enfonce dans une réserve qui me séduit immédiatement. Bwabwata est différent des grands espaces désertiques du reste de la Namibie.
Ici, les arbres sont nombreux, la végétation abondante et la lumière semble toujours filtrer à travers un voile doré.
Le parc constitue un véritable corridor écologique entre plusieurs grands écosystèmes d’Afrique australe et abrite une faune remarquablement riche.

Nos premiers visiteurs sont une famille de phacochères. Les petits jouent dans la boue avec une énergie débordante tandis que les adultes semblent parfaitement indifférents à notre présence.
Le spectacle est attendrissant et souvent comique. Puis viennent quelques zèbres. Des girafes. Quelques antilopes.
La réserve dévoile progressivement ses habitants.

Au fil de l’après-midi, les rencontres deviennent plus nombreuses.
Des éléphants apparaissent par dizaines autour des points d’eau. Certains se roulent dans la boue, d’autres s’aspergent de poussière tandis que les plus jeunes jouent entre eux.
La lumière de fin de journée sublime chaque scène.

Nous observons aussi quelques buffles au loin, silhouettes massives se détachant sur l’horizon. Puis nous revenons vers les berges du fleuve.

Là, un hippopotame broute tranquillement hors de l’eau. Une scène toujours particulière à observer tant ces géants semblent différents lorsqu’ils quittent leur univers aquatique.

Mais le plus beau reste à venir. Alors que le soleil descend lentement vers l’horizon, une nouvelle famille d’éléphants rejoint le fleuve.
Une dizaine d’individus.
Des femelles.
Des adolescents.
Des bébés.
Tous avancent dans une lumière devenue presque irréelle.

Les reflets dorés dansent sur l’eau. Les silhouettes se découpent dans la brume du soir. Le moment est d’une beauté saisissante. Nous restons là sans parler. Simplement à regarder.
À savourer.
À remercier silencieusement l’Afrique pour ce cadeau.

Lorsque nous reprenons la route principale, la pénombre commence à s’installer. Le guide attire soudain notre attention.
Au loin, dans la brume, quelque chose bouge.
Nous plissons les yeux.
D’abord, nous croyons distinguer une seule lionne.
Puis une deuxième apparaît.
Les deux femelles avancent lentement dans la lumière mourante. Elles jouent quelques instants ensemble.
L’une se couche dans l’herbe tandis que l’autre poursuit sa route avec une élégance souveraine.
Elle passe près du véhicule sans même nous accorder un regard.
Puis disparaît dans le bush.
Comme un fantôme.
Comme un dernier cadeau offert par cette journée.

À 18h30, le soleil s’est couché.
Nous rentrons au Shametu le cœur léger, les cartes mémoire remplies et les yeux encore pleins de cette lumière africaine que j’aime tant.
Une dernière douche.
Un dernier dîner toujours aussi délicieux.
Puis vient le moment de préparer les valises.
Tout est prêt. Demain, une nouvelle étape nous attend.

Mais ce soir, au bord de l’Okavango, je savoure simplement cette dernière nuit à Bwabwata.
Une nuit de plus dans cette Afrique qui, décidément, ne cesse jamais de me faire rêver.

Jour 18 – lundi 11 mai — Le retour des émotions

Il est 5h30 lorsque j’ouvre les yeux, quelques minutes avant la sonnerie.
Pour la première fois depuis longtemps, ce n’est ni un rugissement de lion, ni le souffle d’un hippopotame, ni le froid de la nuit qui m’ont réveillée.

C’est une légère tristesse.
Aujourd’hui, nous quittons le Shametu River Lodge.
Deux jours seulement, et pourtant j’ai l’impression d’y avoir laissé un petit morceau de moi.
La dernière douche, le dernier café sur la terrasse, les derniers regards vers le fleuve.
À 7h10, nous prenons la route.

Je crois pouvoir l’affirmer sans hésiter : Shametu restera mon deuxième plus beau souvenir d’hébergement en Namibie, juste derrière Okonjima, mon éternel coup de cœur.
Le lieu possède quelque chose de rare.
Une douceur.
Une élégance discrète.
Une paix profonde.

Installé sur les rives du puissant Okavango, le lodge semble vivre en parfaite harmonie avec son environnement.
Les jardins sont magnifiques, entretenus avec amour. De vastes pelouses d’un vert éclatant descendent jusqu’au
fleuve.
Les arbres procurent une ombre généreuse où chantent des dizaines d’oiseaux. Les chalets, immenses et parfaitement intégrés dans la végétation, offrent une intimité précieuse et un confort remarquable. La cuisine y est délicieuse, préparée avec des produits frais provenant en partie des jardins du domaine. Quant au personnel, il possède cette gentillesse simple qui fait toute la différence.
Ici, on arrive comme un voyageur et l’on repart avec le sentiment d’avoir été accueilli comme un ami.

Pendant deux jours, cet endroit nous a offert exactement ce dont nous avions besoin après les aventures du Botswana : du calme, du repos et une parenthèse de douceur au bord de l’eau.
J’espère sincèrement y revenir un jour.
La route nous appelle désormais.
Direction Otavi, dernière étape avant les trois jours tant attendus à Okonjima.
Puis viendra le retour vers la France. Je préfère ne pas encore y penser. Les kilomètres défilent.

Comme toujours en Namibie, la route semble filer jusqu’à l’infini. Les herbes blondes ondulent sous le vent.
Quelques chèvres et vaches broutent paisiblement. Des habitants marchent le long des pistes. Certains transportent de l’eau, d’autres rejoignent probablement leurs champs ou accompagnent leurs enfants à l’école.

Je ne connais pas leurs histoires. Mais j’aime imaginer leurs vies. Le soleil matinal reste dans notre dos tandis que nous roulons vers l’ouest.
Vers cette Namibie qui m’avait tant bouleversée lors de notre premier voyage.
Vers cet endroit du monde où je me sens étrangement chez moi.
Une heure plus tard, une petite aventure africaine vient égayer notre matinée.

Des travaux bloquent la route. Ou plutôt ce qui ressemble à des travaux. Car rien ne semble vraiment organisé selon les critères auxquels nous sommes habitués en Europe.

Nous avançons un peu trop loin avant de comprendre qu’il fallait patienter ailleurs. Un employé nous remet gentiment à notre place.
Nous attendons donc sous un soleil déjà bien présent.
Quinze minutes plus tard, nous repartons.
Deux minutes.
Puis nouvel arrêt.
Neuf minutes supplémentaires.
Cette fois-ci, nous observons le spectacle avec amusement.
Des ouvriers passent un souffleur sur une route encore entièrement sableuse. D’immenses nuages de poussière s’élèvent derrière eux.
D’autres utilisent de simples balais pour accomplir exactement la même tâche. Puis apparaît un engin équipé d’une énorme brosse rotative.
L’ensemble semble parfaitement absurde.
Et pourtant tout fonctionne.
Ou presque.
C’est aussi cela l’Afrique.
Faire beaucoup avec peu.
Trouver des solutions là où d’autres verraient des problèmes.
Je souris devant ce ballet de poussière et de débrouillardise.
Les acacias défilent.
Quelques baobabs apparaissent parfois à l’horizon.
Le paysage change lentement.

Puis soudain. Quelque chose se produit.
Après 4h30 de route, je reconnais enfin ma Namibie.
La vraie.
Celle qui s’était gravée dans ma mémoire. Le sable rouge réapparaît. Les arbustes deviennent plus bas. Les acacias en forme de parapluie dessinent à nouveau leurs silhouettes familières sur l’horizon.
Je ressens immédiatement cette sensation étrange qui m’avait tant manqué.
Comme si le pays me reconnaissait.
Comme si je revenais chez un vieil ami.
Mon cœur se serre doucement. Mais cette fois, c’est un bonheur immense.

Puis apparaît un panneau. Grootfontein. Otjiwarongo. Quelques mots seulement.
Pourtant ils réveillent instantanément les souvenirs de mon premier voyage.
Je sais alors que je me rapproche.
Que je retrouve peu à peu ce qui m’avait bouleversée la première fois.

Le Botswana m’a offert une leçon de vie.
Grâce à Kabo, j’y ai appris à observer, à comprendre, à écouter la nature autrement.
J’y ai découvert des comportements animaux fascinants, des paysages magnifiques et une autre façon de voyager.

Mais aujourd’hui, cette parenthèse se referme doucement.
Mon cœur revient en Namibie.
Là où l’émotion prend le dessus sur l’apprentissage.
Là où chaque lumière, chaque arbre solitaire et chaque étendue de sable semblent parler directement à mon âme.

Et tandis que la route continue de s’étirer devant nous, une seule pensée m’accompagne.
Dans quelques jours, je retrouverai Okonjima.
Et rien qu’à cette idée, je souris.

Jour 19 – mardi 12 mai 2026 — Le retour à Okonjima

Vers 9h15, nous quittons notre hébergement d’Otavi Vineyards

Nous y avons passé une très agréable étape.
Le réveil s’est fait dans la fraîcheur du matin namibien, avec un thermomètre oscillant entre 8 et 10 degrés.
Depuis la terrasse du petit-déjeuner, les montagnes se dessinaient au loin tandis que les premières lueurs du soleil venaient réchauffer les vignes et les jardins.

Le petit-déjeuner, lui, était digne d’un festin.
Copieux serait un faible mot.
Après plusieurs semaines sur les routes africaines, nous avons savouré chaque instant de ce dernier matin avant de reprendre la route vers l’endroit que j’attends depuis plus d’un an.
Okonjima.

Rien que d’écrire ce nom, je sens déjà mon cœur battre un peu plus fort.
Aujourd’hui, je décide de prendre le volant.
La route est belle et j’ai envie de vivre chaque kilomètre pleinement.
J’aime sentir le paysage défiler devant moi, observer les couleurs changer, suivre les longues lignes droites qui semblent relier le ciel à la terre.
Conduire en Namibie procure un sentiment de liberté difficile à expliquer.
Cette route ne m’emmène pas simplement vers une destination.
Elle me ramène vers un lieu qui compte énormément pour moi.

Vers 10 heures, les grandes plaines de la région d’Otjiwarongo commencent à apparaître.
L’immensité reprend ses droits.
Des kilomètres d’herbes blondes ondulent sous le vent.
Quelques acacias solitaires ponctuent l’horizon.
Le ciel semble plus vaste encore qu’ailleurs.
Je retrouve peu à peu les paysages qui m’avaient tant émue lors de mon premier voyage.
À mesure que nous approchons, l’excitation grandit.

L’arrivée à Otjiwarongo me fait soudain prendre conscience qu’il ne reste plus qu’une quarantaine de kilomètres.
Quarante-cinq kilomètres seulement.
Après plus d’une année à attendre ce moment.
Nous traversons tranquillement la ville avant de reprendre la route.
Je regarde les derniers panneaux défiler.
Et une pensée me traverse.
L’Afrique commence déjà à me manquer.
Alors même que je suis encore ici.

Peut-être est-ce le signe que ce voyage approche de sa fin.
Peut-être est-ce simplement parce qu’une partie de mon cœur restera toujours quelque part sur ce continent.
Puis arrive enfin le moment tant attendu.
Plus que cinq kilomètres.
Je reconnais les paysages.
Les clôtures discrètes.
Les arbres familiers.
La lumière.

Tout me paraît à la fois identique et nouveau.
Comme lorsque l’on retrouve un ami très cher après une longue absence.
Et soudain, la réserve apparaît.
Okonjima.
Enfin.
Je suis revenue.
Un immense sentiment de bonheur m’envahit. Rien ne semble avoir changé.
Ou presque.
Quelques détails ont été modernisés, certaines décorations ont évolué, mais l’âme du lieu est toujours là.
Cette atmosphère unique qui m’avait tant marquée. Cette impression de calme absolu. Cette élégance discrète parfaitement intégrée à la nature.

À peine installés à table pour le déjeuner, nous sommes accueillis par une famille de phacochères.
Trois petits jouent dans la boue avec une énergie débordante pendant que les adultes fouillent tranquillement le sol.
Je souris immédiatement.
Comme si la réserve me souhaitait la bienvenue.
Notre déjeuner arrive.
Une immense salade de lentilles et de poulet, fraîche et généreuse.
Mais je passe mon temps à poser ma fourchette pour attraper mon appareil photo.
Les phacochères reviennent.
Quelques chacals s’approchent discrètement du point d’eau voisin.
Chaque minute offre un nouveau sujet à photographier.

À Okonjima, même les repas deviennent des safaris.
Nous rejoignons ensuite notre chambre.
Et quel bonheur.
Devant nous s’étend la savane.
Immense.
Silencieuse.
Apaisante.
Nous prenons le temps de nous installer puis simplement de nous asseoir face au paysage.
Sans parler.
Sans rien faire.
Juste regarder.
Respirer.
Profiter.
Au loin, les chacals commencent à s’appeler. Leurs cris résonnent dans l’air du soir.
Je les reconnais immédiatement.

L’année précédente déjà, ces mêmes vocalises m’avaient fascinée.
J’imagine les membres de la meute se rejoindre avant de partir chasser ensemble dans la nuit qui s’installe.
Le soleil disparaît doucement derrière les collines.
La lumière devient dorée.
Puis orangée.
Puis bleutée.

Nous rejoignons la magnifique salle à manger du lodge pour le dîner. Comme dans mes souvenirs, tout est parfait.
Le service. L’ambiance. La cuisine.
Cette sensation de sérénité qui imprègne chaque instant.
Demain matin, le réveil sonnera à 6h30.
Une nouvelle aventure nous attend.
La recherche des léopards.
Ces fantômes de la savane qui ont fait la renommée d’Okonjima et qui peuplent tant de mes souvenirs.
Nous regagnons notre chambre assez tôt. La nuit est splendide. Le silence règne sur la réserve.
Pas un souffle de vent.
Pas un bruit.
Ou presque.
Car au loin, un son familier accompagne doucement mon endormissement.Le ronflement paisible de mon époux.

Et, étrangement, dans cette immensité africaine, cela aussi fait partie du voyage.

Jour 20 – mercredi 13 mai — Les fantômes de la savane

Le réveil sonne à 5h15.
Pour une fois, je suis déjà réveillée.

Aujourd’hui est un jour particulier.
Un game drive consacré aux léopards nous attend.

Dehors, l’aube hésite encore à apparaître. L’air est frais mais bien moins froid que je ne l’imaginais.
Environ quatorze degrés. Une température idéale pour commencer la journée.

À Okonjima, certains disent en plaisantant que « la place des babouins » signifie simplement que l’on est arrivé au paradis des léopards.

J’aime assez cette définition.
Notre guide du matin s’appelle Daniel Kasera, que tout le monde surnomme DK.
Pendant qu’il nous présente la réserve et le programme de la matinée, le soleil commence doucement à colorer l’horizon.

La femelle que nous allons rechercher se nomme Vamos.
Elle a sept ans et demi.
Pourtant, malgré l’excitation que devrait provoquer cette sortie, je ne suis pas encore totalement dans l’instant.
Peut-être parce que les souvenirs du Botswana sont encore très présents.
Peut-être parce que quelque chose me manque.

Et je comprends rapidement ce que c’est.
Kabo.
Avec lui, chaque piste était une enquête.
Chaque empreinte racontait une histoire.
Chaque branche cassé devenait un indice.
Ici, la recherche repose principalement sur le signal VHS du collier porté par les léopards suivis dans le cadre des programmes de conservation.
Le résultat est efficace.
Mais l’émotion n’est pas tout à fait la même.
Je réalise alors à quel point Kabo m’a appris à regarder autrement.
À observer.
À comprendre.
À chercher.
Et, d’une certaine manière, il est encore avec nous ce matin.

Puis soudain…
Vamos apparaît.
La lumière est difficile.
Le soleil est encore bas.
Les branches compliquent les cadrages.
Mais peu importe.
Elle est là.
Magnifique.
Libre.
Élégante.
Cette silhouette de léopard qui glisse dans la lumière africaine suffit à effacer toutes mes hésitations.
Nous passons un long moment à l’observer.
À photographier ses mouvements.
À profiter de sa présence.
Et lorsque nous quittons les lieux, je suis finalement heureuse.
Très heureuse même.
Car au-delà du léopard, c’est toute cette nature d’Okonjima qui continue de m’enchanter.

Puis vient une surprise inattendue.
Des fennecs.
Cinq.
Cinq petits fantômes aux immenses oreilles.
Je n’en reviens pas.
Lorsque j’étais enfant, j’ai eu la chance d’en avoir trois.
Les revoir aujourd’hui dans leur environnement naturel réveille instantanément de vieux souvenirs.
Je retrouve l’émerveillement de la petite fille que j’étais.
Certains bonheurs ne vieillissent jamais.

Vers 9h45, nous retrouvons le lodge.
Un petit-déjeuner gigantesque nous attend.

Devant nous, les phacochères poursuivent leur vie tranquille.
Un jeune chacal, totalement dénué de timidité, décide même de venir partager le repas.
Il s’approche des tables, vole quelques morceaux de fromage et finit par grimper sur une chaise sous le regard amusé des clients.
À Okonjima, la frontière entre le restaurant et la savane semble parfois inexistante.

La matinée s’écoule doucement.
Nous sauvegardons nos photographies, trions nos souvenirs, profitons du calme absolu qui règne autour de nous.

Quelques antilopes traversent régulièrement le camp.
Les phacochères apparaissent puis disparaissent.
Les chacals poursuivent leurs rondes silencieuses.
Tout semble paisible.

À 15h30, nous repartons.
Cette fois, notre objectif s’appelle Khaleesi.
Son nom est inspiré de Game of Thrones.
Une magnifique femelle léopard âgée d’environ six ans et demi.
Deux petits l’accompagnent actuellement.
J’espère de tout cœur pouvoir les rencontrer.
Les minutes passent.
Puis les heures.
Toujours rien.
Le soleil descend lentement.
L’inquiétude s’installe.
Et si nous la manquions ?
Et si les petits restaient cachés ?

Puis, à 17h17 exactement, le miracle se produit.
Nous arrivons enfin près de Khaleesi.
Et elle n’est pas seule.
Ses deux petits sont là.
Pendant plus d’une heure, nous assistons à un spectacle dont je me souviendrai longtemps.
Les jeunes jouent avec un morceau de viande.
Ils se poursuivent.
Se chamaillent.
Grimpent.
Redescendent.
Puis recommencent.
Au-dessus d’eux, Khaleesi observe.
Allongée dans un arbre.
Les pattes pendant de chaque côté du tronc.
Souveraine.
Paisible.
Magnifique.

La lumière de fin de journée transforme chaque image en tableau.
Les couleurs deviennent dorées. Le bush s’embrase doucement.
Le temps semble suspendu.
Je sais déjà que certaines de ces photographies compteront parmi mes préférées.

Lorsque nous repartons vers le lodge, un coucher de soleil flamboyant accompagne notre retour.
Comme souvent en Afrique, la journée choisit de terminer en beauté.
Et je réalise alors que cette sortie sera probablement ma dernière véritable chasse photographique de ce voyage.

Les deux jours qui suivent seront consacrés au repos.
À la contemplation.
À profiter simplement de ce lieu que j’aime tant.
À regarder les phacochères sous les terrasses.
Les chacals près du restaurant.
Les antilopes traverser les jardins.

Et cela me convient parfaitement.
Car je suis heureuse. Profondément heureuse.
Dans deux jours, il faudra reprendre la route vers Windhoek.
Puis l’avion vers la France.

Et comme lors de mon premier séjour, je sais déjà qu’une petite larme m’attendra au dernier lever de soleil sur Okonjima.
Une larme discrète.
Celle qui apparaît lorsque l’on quitte un endroit qui nous a touché au plus profond du cœur.

Avant de refermer ce chapitre, je pense à ceux qui ont rendu ce voyage possible.
À Lionel, d’abord.
Grâce à son professionnalisme, son organisation irréprochable et sa connaissance parfaite du terrain, nous avons pu vivre cette aventure en toute confiance. Une fois encore, il a su transformer un simple voyage en expérience exceptionnelle.
Je pense aussi à Kabo.
L’homme qui nous a ouvert les portes du Botswana.
Celui qui nous a appris à lire les traces dans le sable, à comprendre les comportements des animaux et à regarder la nature avec davantage d’humilité.
Il a profondément enrichi ce voyage.
Et puis je pense à mon mari, Thierry
Mon compagnon d’aventure.
Celui avec qui je partage depuis tant d’années ces kilomètres de pistes, ces réveils à l’aube, ces couchers de soleil africains et cette passion commune pour la photographie.
Les plus beaux paysages du monde prennent une autre dimension lorsqu’ils sont partagés.
Et c’est sans doute cela, au fond, le plus beau souvenir de ce voyage.

La Namibie m’a une nouvelle fois bouleversée.
Le Botswana m’a énormément appris.Et moi, je repars avec le cœur rempli de gratitude.
Une fois encore, l’Afrique ne me laisse pas repartir indemne.

Rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle aventure en Namibie.

Il existe des guides qui montrent un pays.
Et puis il existe des hommes comme Kabo, qui vous le font aimer profondément.
Voyager avec lui au Botswana a été bien plus qu’un simple circuit.
Kabo possède cette qualité rare que l’on ne peut ni apprendre ni jouer : une authenticité profondément humaine.
Dès les premiers jours, nous avons compris que nous étions entre les mains de quelqu’un d’exceptionnel.

Son amour pour la nature est bouleversant.
Il connaît son pays avec une précision incroyable, mais surtout avec le cœur.
Chaque piste, chaque arbre, chaque cri d’oiseau semble lui parler. Rien ne lui échappe.
Toujours attentif, toujours à l’affût du moindre mouvement dans les herbes, du plus discret animal au loin, il transforme chaque instant en découverte.
Grâce à lui, le Botswana n’était pas seulement beau : il devenait vivant.
Mais ce qui rend Kabo si unique va bien au-delà de ses connaissances.
C’est un homme profondément bon.
Toujours souriant, patient, rassurant, généreux dans le partage, il crée autour de lui une atmosphère de confiance et de joie rare.
On sent qu’il aime sincèrement les gens qu’il accompagne.
Il ne fait pas simplement son travail : il veille sur vous.

Lorsque nous avons eu un problème de batterie avec notre voiture, Kabo a géré la situation avec un calme, une efficacité et une implication qui dépassent largement ce que notre propre assurance aurait pu faire.
À aucun moment nous ne nous sommes sentis seuls ou abandonnés. Il a trouvé des solutions, pris les choses en main, et surtout il l’a fait avec cette gentillesse naturelle qui le caractérise tant.
Des paysages magnifiques, il y en a partout dans le monde.
Mais des personnes comme Kabo sont infiniment rares.
Il a rendu ce voyage inoubliable par sa présence, son énergie, sa passion et son humanité.
Nous repartons du Botswana avec des souvenirs extraordinaires, mais surtout avec la sensation d’avoir rencontré un homme remarquable.

Si vous cherchez quelqu’un de passionné, profondément humain et amoureux de son pays, alors choisissez Kabo sans la moindre hésitation.
Le Botswana est magnifique.
Le découvrir avec lui le rend tout simplement magique.

Botswana 2026, Carnet de Voyage

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