Les regards du monde

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« Je voyage pour découvrir des pays, je photographie pour ne jamais oublier celles et ceux qui les font vivre. Les plus beaux portraits ne se prennent pas, ils naissent d’une rencontre. »

Il existe des voyages que l’on prépare pendant des mois.
Et d’autres qui commencent sans que l’on s’en aperçoive.
Le mien n’a pas débuté dans un aéroport.

Il n’a pas commencé devant un monument célèbre, ni au sommet d’une montagne.
Il est né un jour où deux regards se sont croisés.
Depuis ce jour, je voyage autrement.

Bien sûr, je continue de m’émerveiller devant un lever de soleil sur les dunes de Namibie, devant la puissance d’un éléphant d’Afrique, les temples millénaires d’Asie ou les ruelles colorées d’une vieille ville.
Mais lorsque je referme mes carnets de voyage, ce ne sont jamais ces images-là qui remontent les premières.

Ce sont des visages.
Le rire d’un enfant qui découvre sa photographie.
Les mains ridées d’un artisan.
Le regard fier d’une vieille femme.
Les yeux malicieux d’un marchand.
Le sourire timide d’une jeune fille.
Une main tendue.
Un éclat de rire.
Une émotion.

Voilà les véritables trésors que je rapporte de chacun de mes voyages.
Je suis souvent incapable de me souvenir du nom d’une rue.
En revanche, je n’oublie jamais un regard.

Avec les années, j’ai compris que les paysages racontaient la beauté d’un pays.
Les fresques racontaient l’âme de ses villes.
Mais les visages…
Les visages racontent son histoire.

Ils racontent les joies, les blessures, les traditions, les croyances, les rêves et les espoirs.
Ils racontent tout ce que les livres ne pourront jamais écrire.
C’est probablement pour cela que j’aime tant les photographier.

Non pas parce qu’un portrait est beau.
Mais parce qu’il est unique.
Parce qu’il ne durera qu’une fraction de seconde.
Parce que cette expression ne reviendra jamais exactement de la même façon.
Parce qu’au moment où j’appuie sur le déclencheur, deux personnes viennent de partager un instant qui n’appartiendra plus qu’à elles.

On me demande parfois si je n’ai pas peur de photographier les gens.

La réponse est non.
Parce que je ne photographie jamais quelqu’un sans avoir d’abord essayé de le rencontrer.

Un sourire.
Un bonjour.
Un geste.
Une plaisanterie.
Parfois quelques mots.
Souvent aucun.

Le langage du cœur possède son propre vocabulaire.
Il dépasse les frontières, les religions, les cultures et les langues.
Un regard sincère se comprend partout dans le monde.
C’est ce langage silencieux que je cherche depuis plus de vingt ans.

Je n’ai jamais considéré les personnes que je photographie comme des sujets.
Elles sont les véritables auteurs de ces images.
Je ne fais que leur emprunter quelques secondes.
Un portrait ne se vole pas.
Il ne s’impose pas.
Il se reçoit.

Cette phrase m’accompagne dans chacun de mes voyages.
Elle m’oblige à prendre mon temps.
À observer avant de photographier.
À écouter avant de déclencher.
À respecter avant de demander.

Il m’arrive d’ailleurs de repartir sans aucune image.
Parce que la rencontre n’a pas eu lieu.
Et cela fait aussi partie du voyage.
Car certaines personnes préfèrent garder leur histoire pour elles.
Je respecte toujours ce choix.
D’autres, au contraire, m’offrent leur plus beau sourire.
Et parfois davantage.

Une conversation.
Une invitation.
Un repas partagé.
Une tasse de thé.
Quelques pas effectués ensemble.
Autant de souvenirs qui, bien souvent, valent infiniment plus que la photographie elle-même.

Aujourd’hui, lorsque je regarde cette galerie, je ne vois pas seulement des portraits.

Je revois des instants de vie.
J’entends des éclats de rire.
Je retrouve des odeurs d’épices, de thé, de terre chaude après la pluie.
Je revois des marchés animés, des villages oubliés, des routes poussiéreuses, des temples silencieux.
Je revois surtout celles et ceux qui, sans le savoir, ont profondément changé ma façon de regarder le monde.

Car voyager m’a appris une chose essentielle.Les plus beaux souvenirs ne sont pas les lieux que l’on visite.
Ce sont les personnes que l’on rencontre.

La Chine, là où tout a commencé

Ma passion pour les portraits est née en Chine.
C’était en 2004.
À cette époque, je photographiais avant tout les paysages, les monuments, les scènes de rue.
Je découvrais un pays immense, fascinant, où chaque journée ressemblait à une aventure.
Je levais les yeux vers les pagodes.
J’admirais les montagnes perdues dans la brume.
Je m’émerveillais devant les marchés, les bicyclettes, les couleurs, la vie qui semblait partout.

Puis un jour…

Quelqu’un a levé les yeux vers moi.
Je ne me souviens plus précisément de son visage. Je n’ai plus la photo. 
En revanche, je me souviens parfaitement de ce que j’ai ressenti.
Ce n’était plus moi qui regardais la Chine.
C’était la Chine qui me regardait.

J’ai souri.

Cette personne aussi.
Sans un mot, nous venions de commencer une conversation.
J’ai compris, ce jour-là, qu’une photographie pouvait être bien plus qu’une image.
Elle pouvait devenir une rencontre.
Depuis, je n’ai jamais cessé de chercher ces instants.

Les Chinois m’ont appris quelque chose de précieux.
La timidité n’est souvent qu’une porte entrouverte.
Il suffit de prendre le temps.
Un sourire.
Quelques gestes.
Un regard bienveillant.
Et la méfiance laisse place à la curiosité.
Puis à la confiance.

Très souvent, après la photographie, je montrais l’image sur l’écran de mon appareil.
Les visages s’illuminaient.
Les rires éclataient.
Les proches se rassemblaient autour de l’écran.
Pendant quelques secondes, nous oubliions complètement que nous ne parlions pas la même langue.
Nous étions simplement heureux de partager ce petit instant.

C’est probablement la plus belle leçon que la Chine m’ait offerte.
Les mots sont utiles.
Les sourires le sont encore davantage.

Sans le savoir, ce premier voyage venait de transformer ma manière de voyager.
Je n’allais plus seulement collectionner des paysages.
J’allais partir à la rencontre des femmes et des hommes qui leur donnent une âme.
Je suis allée trois fois en Chine. 

L’Inde, là où les yeux racontent l’âme

Puis il y eut l’Inde.
Ou plutôt…
Mes Indes.
Car on ne découvre pas l’Inde en un seul voyage.

On l’apprivoise.
On s’y perd.
On la quitte.

Et, un jour, on ressent ce besoin presque inexplicable d’y revenir.

Encore.
Puis encore.
Sept fois.
Sept voyages.
Sept histoires différentes.
Sept façons de grandir.

La première fois, j’avais des appréhensions.
Comme beaucoup de voyageurs.
Je découvrais un monde dont j’ignorais les codes.
Je regardais.
J’observais.
Je restais parfois à distance.

Et puis l’Inde a fait ce qu’elle fait si bien.

Elle m’a changée.
Voyage après voyage, mes peurs se sont envolées.
Elles ont laissé place à la curiosité.
Puis à la confiance.

Aujourd’hui, lorsque je retourne en Inde, je n’ai plus l’impression d’être une étrangère.
Je comprends les regards.
Les sourires.
Les hochements de tête.
Les silences.
Et j’ai le sentiment que, bien souvent, les Indiens me comprennent eux aussi.

C’est peut-être pour cela que mes plus beaux portraits sont nés là-bas.
Je n’ai jamais retrouvé, dans aucun autre pays, une telle profondeur dans les regards.
Les yeux noirs des Indiens possèdent quelque chose d’indescriptible.
J’y vois de la force.
De la douceur.
De la dignité.
Une immense humanité. Mais surtout…

J’y vois leur âme.
Je pourrais passer des heures à contempler certains visages.
Sans même sortir mon appareil photo.

Les rides deviennent des chapitres.
Les regards racontent des romans entiers.
Les mains témoignent d’une vie de travail.
Les sourires, eux, effacent toutes les distances.

L’Inde m’a appris que l’on peut devenir proche de quelqu’un sans connaître un seul mot de sa langue.

Il suffit parfois d’un regard.
D’un geste.
D’un sourire partagé.

Au fil de mes sept voyages, j’ai vu grandir des enfants.
J’ai retrouvé des commerçants.
J’ai reconnu des visages croisés des années plus tôt.
Je me suis surprise à être heureuse simplement parce que quelqu’un me reconnaissait au milieu de cette foule immense.


Alors je comprends aujourd’hui pourquoi je possède autant de portraits indiens.
Ce n’est pas parce que l’Inde est photogénique.
C’est parce que l’Inde m’a appris à regarder les êtres humains autrement.

Elle m’a appris qu’avant de photographier un visage, il fallait d’abord rencontrer une personne.
Et cette leçon ne m’a plus jamais quittée.

Le Vietnam et le Cambodge, là où le sourire devient une langue

Il existe des pays qui vous impressionnent.
D’autres qui vous bouleversent.
Et puis il y a ceux qui vous accueillent avec une telle simplicité que l’on s’y sent immédiatement bien.
Le Vietnam et le Cambodge font partie de ceux-là.

Chaque fois que je pense à ces deux pays, je ne revois pas d’abord les rizières, les temples ou les marchés flottants.

Je revois des sourires.
Des sourires spontanés.
Des sourires sincères.
Des sourires qui n’attendent rien en retour.

Il suffit parfois d’un regard pour qu’un visage s’illumine.
D’un simple « Bonjour » prononcé avec l’accent du voyageur.
Ou simplement d’un geste de la main.
Dans ces deux pays, j’ai souvent eu le sentiment que les habitants avaient compris, avant même que je ne sorte mon appareil photo, que je ne venais pas leur prendre quelque chose.

Je venais partager un instant.
Et cette différence change tout.

Combien de fois ai-je photographié une vieille dame assise devant sa maison avant de rester plusieurs minutes à discuter avec elle… chacun dans sa langue.
Nous ne comprenions pas les mots.
Mais nous comprenions les sourires.
Je me suis souvent demandé pourquoi ces photographies me touchaient autant.
La réponse est finalement très simple.
Parce qu’elles ne parlent pas de photographie.

Elles parlent de confiance.
Je crois profondément que le sourire est le premier passeport du voyageur.
Il ouvre des portes que les plus beaux appareils photo ne pourront jamais ouvrir.


Au Vietnam comme au Cambodge, j’ai vu des enfants courir vers moi en riant.
Des anciens éclater de rire en découvrant leur portrait sur l’écran.
Des familles entières venir regarder la photographie comme si elles découvraient un trésor.

Et moi…
Je repartais toujours avec bien plus qu’une image.
Je repartais avec un souvenir heureux.
Aujourd’hui encore, lorsque je regarde ces portraits, j’entends les éclats de rire qui les accompagnaient.
Et je réalise que les plus belles photographies sont souvent celles dont on se souvient aussi avec les oreilles.

L’Ouzbékistan, le pays où l’hospitalité est une seconde nature

Avant de partir en Ouzbékistan, je savais que j’allais découvrir des villes mythiques.

Samarcande.
Boukhara.
Khiva.
Des noms qui résonnent comme des promesses d’Orient.

Je pensais revenir avec des images de coupoles turquoise, de mosaïques infinies, de médersas majestueuses.
Je suis effectivement revenue avec tout cela.
Mais ce ne sont pas ces monuments qui occupent aujourd’hui la plus grande place dans mes souvenirs.

Ce sont les Ouzbeks.

Quel peuple extraordinaire.
Je crois n’avoir jamais rencontré un peuple qui fasse de l’hospitalité quelque chose d’aussi naturel.
Chez eux, accueillir semble être une évidence.
On ne vous ouvre pas seulement une porte.
On vous ouvre une maison.
Une table.
Une famille.

Très vite, je n’ai plus eu l’impression d’être une simple voyageuse.
Je devenais une invitée.
Et cette nuance change complètement la façon dont on découvre un pays.

Bien sûr, je pense souvent à Sardor.
Notre guide.
Notre ami.
Mais si son souvenir est si fort, c’est parce qu’il représente à lui seul la générosité de tout un peuple.

Grâce à lui, nous avons découvert une autre facette de l’Ouzbékistan.
Pas celle des cartes postales.
Celle des cuisines où les familles se retrouvent.
Des cours intérieures où résonnent les rires des enfants.
Des longues discussions autour d’une théière toujours remplie.
Je me souviens encore du plov.
Bien plus qu’un plat.
Une tradition.
Un héritage.
Une fierté nationale.
Voir la famille nous apprendre chacun des gestes, sentir les épices, écouter les explications, rire de nos maladresses…
À cet instant-là, nous n’étions plus des touristes.
Nous étions simplement des invités autour d’une table.
Et je crois que c’est cela que je retiendrai toujours de l’Ouzbékistan.

Les portraits que j’y ai réalisés reflètent cette même chaleur.
Les regards sont francs.
Les sourires généreux.
Les visages racontent une histoire où les routes de la Soie ont laissé bien davantage que des monuments.
Elles ont façonné un peuple profondément attaché au partage.

Chaque photographie me rappelle que les plus beaux souvenirs ne naissent pas forcément devant les monuments les plus célèbres.
Ils naissent souvent autour d’un repas.
D’un thé.
Ou simplement d’un éclat de rire partagé.

La Turquie, entre deux continents… et mille sourires

La Turquie est un pays que l’on regarde souvent pour son histoire.

Pour Istanbul.
Pour ses mosquées.
Pour la Cappadoce.

Moi, je la regarde d’abord pour ses habitants.
J’y ai retrouvé cette chaleur que l’on rencontre dans les pays où l’accueil est une tradition.
Il suffit de s’arrêter quelques instants devant une échoppe pour que quelqu’un vous invite à partager un thé.
Sans arrière-pensée.
Simplement parce que recevoir fait partie de leur façon de vivre.

J’aime photographier les artisans.
Leurs mains racontent autant que leurs visages.
Le regard concentré d’un vendeur de tapis.
Le sourire d’un pâtissier.
Les rides d’un ancien installé devant son commerce.

Chaque portrait possède cette lumière particulière que l’on retrouve chez ceux qui prennent encore le temps de vivre.
Je me suis souvent surprise à oublier mon appareil photo.
À simplement discuter.
Observer.
Écouter.
Car un voyage ne se résume jamais aux lieux que l’on visite.
Il prend tout son sens grâce aux personnes qui lui donnent une âme.
Et la Turquie possède une âme profondément généreuse.

Le Pérou, là où le respect vaut parfois plus qu’une photographie

Tous les peuples ne vivent pas la photographie de la même manière.
Et c’est une chose que j’ai appris très tôt.

Au Pérou, j’ai rencontré des femmes magnifiques, vêtues de leurs habits traditionnels aux couleurs éclatantes, des hommes aux visages burinés par l’altitude, des enfants dont les joues rougies racontaient déjà la rudesse des montagnes.
J’aurais aimé tous les photographier.
Mais très vite, j’ai compris que certains regards demandaient autre chose.
Du respect.


Dans certaines régions, une photographie ne se prend pas à la légère.
Certaines personnes préfèrent garder leur image pour elles.
D’autres demandent une participation.
Certaines disent simplement non.
Longtemps, j’aurais peut-être ressenti une frustration.
Aujourd’hui, je remercie ces personnes de m’avoir appris une autre façon de voyager.
Le respect commence précisément là où s’arrête notre envie de photographier.
Il m’est arrivé de ranger mon appareil et de continuer mon chemin.
Sans image.
Mais avec le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait.

Car un voyage ne consiste pas à rapporter le plus de photographies possible.
Il consiste avant tout à respecter ceux qui nous accueillent.
Et finalement…
Certaines des plus belles rencontres de ma vie ne figurent sur aucune carte mémoire.
Elles vivent simplement dans mes souvenirs.

La Namibie, là où les regards parlent autant que les paysages

Lorsque l’on évoque la Namibie, on pense souvent à l’immensité.

Aux éléphants qui avancent lentement dans la poussière.
Aux lions endormis sous les acacias.
Aux girafes découpant leur silhouette dans les couchers de soleil.
À ces paysages si vastes qu’ils donnent parfois l’impression de respirer.

J’ai eu l’immense privilège de vivre tout cela.
Et pourtant…
Lorsque je ferme les yeux, ce sont encore des visages qui apparaissent.
Des regards.
Des sourires.
Des mains.
Comme partout ailleurs dans le monde.
Parce que derrière chaque pays, il y a toujours des femmes et des hommes qui lui donnent son âme.

Les Himbas

Je crois que rien ne m’avait préparée à cette rencontre.
Avant de venir j’avais regardé des photos, vu des documentaires, lu des blogs. 
Mais rien ne peut remplacer le moment où l’on entre réellement dans un village.


Les premières minutes sont discrètes.
Presque silencieuses.
Les regards s’observent.
La curiosité est réciproque.
Puis, très doucement, les sourires apparaissent.
La méfiance s’efface.
Les enfants approchent.
Les femmes continuent leurs gestes quotidiens.
Et la vie reprend son cours.

J’ai découvert des femmes d’une élégance incroyable.
Leurs coiffures façonnées avec patience.
Le mélange d’ocre et de beurre qui protège leur peau du soleil et lui donne cette couleur si caractéristique.
Leurs bijoux.
Leurs gestes.
Leur dignité.

Tout semblait raconter une histoire vieille de plusieurs siècles.

Mais ce qui m’a le plus émue…
Ce n’est pas ce que j’ai vu.
C’est ce que j’ai entendu.

Une femme m’a demandé, avec le plus grand sérieux : 
— « Il te faut combien d’heures de marche pour venir de chez toi à chez moi ? »
Bien évidemment, c’était Matirepo, notre guide Himba lui aussi, qui traduisait car nous ne nous comprenions qu’avec les yeux mais pas en paroles. 
Je suis restée quelques secondes sans répondre. Et je n’ai pas su quoi dire. 

Cette question était si simple.
Si sincère.

À l’heure où nos vies défilent au rythme des écrans, cette femme imaginait le monde à la mesure de ses pas.
J’ai trouvé cette question infiniment belle.
Elle m’a rappelé que nous ne regardons pas tous le monde avec les mêmes repères.
Et qu’il existe encore des endroits où l’imaginaire est plus grand que la technologie.
Je n’ai jamais oublié cette conversation.
Parce qu’elle parlait finalement de la curiosité humaine.
Celle qui pousse autant à voyager qu’à accueillir l’autre.

Lorsque le moment est venu de quitter leur village, je me suis retournée une dernière fois.
Sans un mot, des larmes ont doucement glissé sur mes joues.
Ce n’étaient pas des larmes de tristesse.
C’étaient des larmes de gratitude.


Merci de m’avoir accueillie dans votre village comme une invitée et non comme une simple visiteuse.

Merci de m’avoir ouvert les portes de votre quotidien, de vos maisons, de vos traditions, avec une confiance qui m’a profondément touchée.

Merci de m’avoir laissée m’asseoir près de vous, sans rien demander, simplement pour observer vos gestes si précis. Je revois encore cette préparation de votre parfum, mélange délicat d’huile et de plantes soigneusement cueillies dans la brousse. Son parfum est resté gravé dans ma mémoire, comme un souvenir invisible que je rapporte avec moi.

Je me souviens de vos regards, de vos sourires timides, de la beauté de vos parures, de cette élégance naturelle qui ne doit rien à la mode mais tout à votre histoire.
Je me souviens aussi de vos enfants, curieux, rieurs, parfois réservés, mais toujours d’une infinie douceur.

Vous êtes différents de moi par votre mode de vie, vos traditions, votre quotidien.
Et pourtant, je ne me suis jamais sentie étrangère auprès de vous.
Pendant quelques heures, nous avons simplement partagé un moment d’humanité.


Il existe des rencontres que l’on oublie avec le temps.
Et puis il y a celles qui vous accompagnent pour toujours.
Vous faites partie de celles-là.

Merci.
Je suis entrée dans votre village avec un appareil photo. J’en suis repartie avec le cœur un peu plus grand.

Les Damaras

Quelques jours plus tard, une autre rencontre allait me toucher tout autant.

Le peuple Damara.

Là encore, je n’étais pas venue assister à une démonstration.
Je suis venue apprendre.
J’ai observé des hommes transformer une peau de chèvre en vêtement.
Leurs gestes étaient précis.
Assurés.
Transmis de génération en génération.

J’ai découvert la fabrication des bijoux à partir de coquilles d’œufs d’autruche.
De simples fragments devenaient peu à peu de véritables parures.

Chaque geste semblait raconter une histoire.
Puis une femme est arrivée.
La doctoresse du village.
Avec une immense simplicité, elle nous a présenté les plantes utilisées depuis toujours pour soigner.
Chaque feuille.
Chaque racine.
Chaque écorce possédait son utilité.
Je l’écoutais avec fascination.
Ce savoir n’était écrit dans aucun livre.
Il vivait dans sa mémoire.
Et dans celle de son peuple.
Puis vinrent les chants.
Les danses.
Les rires.

Impossible de rester simple spectatrice.
Nous étions invités à partager ce moment.
À vivre un peu de leur quotidien.

Je suis repartie avec des photographies, bien sûr.
Mais surtout avec une immense admiration.
Parce que derrière ces traditions se cachent des femmes et des hommes qui perpétuent un patrimoine vivant.
Ils ne cherchent pas à impressionner.
Ils vivent simplement selon ce que leurs anciens leur ont transmis.
Et je mesure aujourd’hui la chance immense d’avoir pu partager, ne serait-ce que quelques heures, cette part de leur histoire.

Le Botswana, là où la nature a trouvé son plus bel ambassadeur

Il existe des personnes qui changent un voyage.

Le Botswana restera pour moi le royaume du vivant.

Celui des immenses plaines où les éléphants avancent en silence, des hippopotames qui émergent doucement des eaux, des lions dissimulés dans les hautes herbes, des léopards que l’on croit invisibles jusqu’à ce qu’un regard les trahisse au sommet d’un arbre.

Ici, la nature impose son rythme.
Elle apprend la patience.
Le silence.
L’humilité.
J’y ai réalisé très peu de portraits.
Quelques sourires échangés au détour d’un village, deux ou trois visages qui trouveront naturellement leur place dans cette galerie…

Mais le Botswana aura pourtant, pour moi, un visage.
Celui de Kabo.
Il existe des guides qui vous montrent un pays.
Et puis il existe des hommes qui vous le font aimer profondément.

Kabo appartient à cette seconde catégorie.
Dès les premiers jours, nous avons compris que nous étions entre les mains de quelqu’un d’exceptionnel.
Son amour pour la nature est profondément communicatif.
Il connaît son pays avec une précision qui force l’admiration, mais surtout avec une sensibilité que l’on ne peut ni apprendre ni enseigner.

Chaque piste raconte une histoire.
Chaque empreinte laisse deviner un passage.
Chaque cri d’oiseau est pour lui un indice.
Il observe sans relâche.
Toujours attentif.
Toujours à l’affût du moindre mouvement dans les herbes.
Toujours animé par cette même passion intacte.

À ses côtés, un safari ne consiste plus simplement à chercher des animaux.
Il devient une leçon d’observation.
Une invitation à ralentir.
À écouter.
À comprendre que la brousse parle en permanence à ceux qui savent la regarder.
Grâce à lui, le Botswana ne se résume plus à une succession de paysages grandioses.
Il devient un monde vivant, où chaque détail possède son importance.

Mais ce qui rend Kabo si précieux dépasse largement ses immenses connaissances.
C’est son humanité.
Toujours souriant.
Toujours bienveillant.
Toujours disponible.
Il possède cette capacité rare de transmettre son savoir avec une simplicité désarmante.
On sent immédiatement qu’il aime profondément son métier.
Mais plus encore, qu’il aime les personnes qu’il accompagne.
Il ne se contente pas d’être un guide.
Il veille sur vous.

Il partage.
Il rassure.
Il rit avec vous.
Et, presque sans que l’on s’en aperçoive, il devient un compagnon de voyage.

Des paysages magnifiques, il en existe partout dans le monde.
Des hommes comme Kabo sont infiniment plus rares.
Lorsque je regarde aujourd’hui mes photographies du Botswana, je revois bien sûr les éléphants, les lions, les girafes et les couchers de soleil flamboyants.

Mais derrière chacune de ces images, il y a aussi un homme qui m’a appris à voir davantage que ce que mon appareil photo pouvait capturer.
Il m’a appris que la nature ne se photographie pas seulement.
Elle s’écoute.
Elle se respecte.
Elle se ressent.

Et c’est sans doute le plus beau cadeau que le Botswana et Kabo pouvait m’offrir.

Avant d’ouvrir la galerie…

Si vous êtes arrivés jusqu’ici, vous aurez peut-être compris une chose.

Cette galerie n’est pas une collection de portraits.
C’est une collection de rencontres.
Derrière chaque photographie se cache un sourire échangé.
Une main serrée.
Un thé partagé.
Un silence.
Une conversation improvisée.
Ou simplement quelques secondes où deux regards se sont compris sans avoir besoin de parler la même langue.

Je ne prétends pas raconter ces peuples.
Quelques voyages ne suffisent pas à comprendre un pays.
En revanche, je peux vous raconter ce qu’ils ont laissé en moi.
Ils m’ont appris que la beauté n’habite pas seulement les paysages.


Elle vit aussi dans les rides d’un ancien.
Dans les yeux d’un enfant.
Dans le sourire d’une femme.
Dans la patience d’un artisan.
Dans la générosité d’un inconnu.
Chaque portrait que vous allez découvrir m’a été offert.
Aucun ne m’appartient vraiment.
Je n’en suis que la gardienne.

Si, en parcourant cette galerie, vous oubliez un instant l’appareil photo pour ne voir que l’être humain qui se trouve devant vous…
Alors j’aurai réussi ce que je cherche depuis plus de vingt ans.
Partager un peu de cette immense richesse que le monde m’a offerte.

Car au fond…

Je suis partie photographier le monde.
Je suis revenue en aimant profondément celles et ceux qui l’habitent.
Merci à toutes celles et tous ceux qui, un jour, m’ont offert un sourire, un regard ou quelques instants de leur vie. Sans eux, cette galerie n’existerait pas. 

Les frontières séparent les pays, les regards rapprochent les êtres humains.

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